Le roi tué par un cochon
2015
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Michel Pastoureau
Maurice Bargy envisage de faire
Philippe est le fils aîné de Louis VI et de la reine Adélaïde de Maurienne. Il est né le 23/08/1116, porte le nom de son grand père, le roi Philippe 1er. Le roi fait désigner de son vivant son fils Philippe comme son successeur alors qu’il n’a pas encore 4 ans puis le fait sacrer et couronner à Reims 9 ans plus tard. Il est donc pleinement roi en même temps que son père. L’onction qu’il a reçue fait de lui un personnage hors du commun. La sainte huile lui confère le pouvoir de guérir les écrouelles. Cette huile appelée saint chrême passe pour être la même qui a servi au baptême de Clovis. Le jeune Philippe en revenant d’une chasse tombe du cheval qui a été heurté par un cochon. Il finit écrasé par le cheval et est évacué dans une maison et mourut quelques heures ou jours après. Son père le roi ne l’accompagnait pas se préparait à partir dans le Vexin pour lutter contre certains seigneurs. Le porc n’est pas symbole de péché mais d’impureté. Louis V, dernier roi carolingien a fait lui aussi une chute à cheval mais en chassant le sanglier en 987 mais pas un porc. Philippe est mort le 13 octobre, il est enterré à Saint Denis le 15 , son frère Louis le jeune y est sacré le 25. Il faut profiter de la présence du pape Innocent Il pour redonner le lustre à la monarchie. Le grand père Philippe 1er a lui été enterré à Saint Benoit sur Sault. Louis VI a écouté les conseils de Suger et choisit Saint Denis pour enterrer son fils. Louis VI devenu roi ne manque pas de faire successivement sacrer à Reims de son vivant ses deux fils Philippe puis Louis. Le moment le plus fort du sacre n’est pas celui du serment mais celui de l’onction. Le roi est oint avec l’huile merveilleuse de la sainte ampoule en 7 endroits du corps. Le roi acquiert ainsi des pouvoirs surnaturels et devient thaumaturge et guérit les écrouelles. Louis VI multiplie les actes de piété, son père Philippe 1er après avoir été excommunié en raison de son comportement adultère et lui pour s’être comporté injustement envers les évêques de son royaume. Le jeune Philippe est mort par la faute du père et du grand père. Louis VI se rapproche de la papauté et fait des dons. Louis VI eut par la suite un autre enfant prénommé également Philippe et destiné à l’état ecclésiastique. Louis VI meurt en août 1137 et avant de disparaître conclut le mariage de son fils Louis le jeune avec Alienor d’Aquitaine, fille de Guillaume X âgée de 15 ans. Alienor apporte d’immenses territoires. Le jeune couple est mal assorti et infécond. Il faut attendre 1145 pour que naisse le 1er enfant Marie. Alienor donne naissance à 9 autres enfants (dont une autre fille avec Louis VII son époux) et Henri II. Louis VII reconnaît être mal préparé à son métier de roi. Son père Louis VI ne fut pas pédagogue avec lui. Il se montre maladroit, naïf, velléitaire et mou. Il éloigne sa mère Adélaïde du trône, écarte Suger des affaires. Il a l’ensemble de l’Eglise contre lui, situation paradoxale pour un monarque dont la piété est extrême et qui aurait préféré être moine plutôt que roi de France. La cause de ces brouilles se trouve dans les élections épiscopales. Est-ce le souverain ou le pape qui a autorité pour investir les évêques nouvellement élus ? Louis VII entend imposer ses candidats. Il déclenche la colère de saint Bernard et celle du pape Innocent Il. Il tient tête au pape qui l’avait sacré à Reims dix ans plus tôt. De plus pour soutenir son cousin, il envahit les terres du vassal de son cousin. Ses soldats entrent dans la ville, pillent, brûlent les maisons et l’église et massacrent un millier de personnes. Horrifié, Louis VII cesse la guerre. Suger conseille au roi de faire la paix avec le pape et d’accepter le candidat de ce dernier. Louis VII obéit, d’autant plus que le pape vient de décéder. Bernard demande au roi de faire pénitence et de partir en Terre sainte pour secourir les Francs des États chrétiens. Il pense que ce voyage va effacer ses fautes ainsi que celles de son père et de son grand père, tous trois ayant été excommuniés. Cette croisade (la2eme) fut un échec total : mésentente entre Louis VII et l’empereur d’Allemagne, attitude ambiguë des Byzantins. Une idée nouvelle se fait jour dans l’entourage du roi, c’est de faire appel à la Vierge. La Croisade a échoué et il faut chercher assistance dans le royaume des cieux. Ferveur mariale encouragée par les ordres monastiques. Louis VII a pour la Vierge une grande vénération. Lorsque naît le 1er enfant de Louis VII, il la nomme Marie, une première chez les capétiens. Il adopte les deux attributs iconographiques de la Vierge : la fleur de lys et la couleur bleue. Il est aidé par deux dévots : Suger et saint Bernard. Suger fait reconstruire son église abbatiale et l’embellit, il veut en faire le sanctuaire le plus beau de la Chrétienté. Pour lui la couleur est lumière. Pour lui l’église de saint Denis abrite Louis VI et son fils Philippe. Il se demande pourquoi continuer à faire sacrer les rois à Reims alors qu’à Paris il y a tout. Seule manque la sainte ampoule conservée à Reims. Pour saint Bernard, l’or et la lumière sont des matières viles qui gênent la relation entre Dieu et les fidèles. La Vierge est un modèle de pureté. Il ne croit pas que la mère du Christ ait été conçue hors du péché originel mais il pense que sa vie terrestre s’est déroulée sans tache. Marie était restée vierge avant, pendant et après la naissance, triple virginité symbolisée par les trois pétales de la fleur du lis. Le lis est une figure fertile et nourricière, symbole de pureté, de pouvoir et de souveraineté. Il se dote d’une dimension religieuse. Pour la couleur bleue, saint Bernard n’a joué aucun rôle mais plutôt Suger qui choisit les plus beaux vitraux pour son église. Il dépense des fortunes pour ces verres colorés en bleu ( à base de cobalt) qui se retrouvent ensuite à Chartres. Louis VII frère cadet de Philippe a donc connu un échec total de la croisade, un divorce désastreux, des maladresses diplomatiques. C’est son frère aîné qui aurait dû monter sur le trône et qui a été renversé par un cochon. Un autre roi Philippe IV le Bel a, lui aussi été renversé par un cochon sauvage lors d’une partie de chasse. Mourir à la chasse sous les coups d’un sanglier était considéré comme une fin ignoble et non une mort héroïque. Trois sortes de procès : ceux intentés à des animaux domestiques (porcs, bovins, chevaux) sont criminels. Ensuite des procès intentés à des rongeurs, insectes qui détruisent les récoltes nécessitent l’intervention de l’Eglise avec le recours à l’exorcisme. Enfin des procès mettant en scène des animaux impliqués dans des affaires de sorcellerie (chats, chiens, coqs) Les théologiens soulignent que la Bible recommande d’abattre les animaux homicides car ils sont impurs et coupables. Au Moyen Âge, l’animal est en partie responsable de ses actes. Mais le cochon qui est à l’origine de la mort du roi n’a pas été retrouvé. Le choix des deux symboles de pureté que sont le lys et l’azur aurait pour fonction d’effacer la souillure et la honte.
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Summary
Le bleu est la couleur de la France. Dans ce rôle ses origines sont anciennes : elles se situent vers le milieu du XIIe siècle, lorsque le roi Louis VII adopte deux attributs de la Vierge, le lis et l'azur, pour en faire les premières armoiries royales. Par ce choix, non seulement il rend hommage à la mère du Christ, patronne du royaume, mais surtout il tente d'effacer le souvenir d'une mort infâme qui, quelque temps plus tôt, a souillé tout ensemble la dynastie capétienne et la monarchie française : celle de son frère aîné Philippe, jeune roi de quinze ans, déjà sacré et associé au trône, tombé de cheval le 13 octobre 1131 à cause d'un misérable cochon de ferme vagabondant dans une rue de Paris. L'ouvrage de Michel Pastoureau raconte cet événement insolite, oublié de tous les livres d'histoire, et étudie dans la longue durée ses multiples conséquences. À bien des égards, cet accident provoqué par un animal impur et méprisé, que les chroniques qualifient de porcus diabolicus, loin d'être anecdotique, apparaît comme un événement fondateur.





