Le principe sécurité
2013
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Frédéric Gros
Raphaël Serreau envisage de faire
- le 1er sens : la sécurité (“securitas”) renvoie à l’intérieur et à l’état d’âme, c’est un état de tranquilité d’esprit. - ici, la philosophie est la 1ère des sécurités (“la sécurité est le bien propre du sage”, Sénèque). - 2e sens : sécurité correspond à l’absence de danger, cad état de plénitude cosmique. - 3e sens : sécurité (élément de l’OP matériel) correspond à l’absence de péril pour la vie, la liberté ou la propriété, garanti par l’Etat. - l’Etat est le sujet, l’objet et l’instrument de la sécurité. - 4e sens : sécurité est l’accompagnement de processus / contrôle des flux (sécurité informatique, sanitaire..) où l’Etat n’est plus centrale. - être peotégé, c’est être contrôlé cad concept de “biopouvoir” (Gros).
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Summary
'Sécurité publique', 'sécurité alimentaire', 'sécurité énergétique', 'sécurité des frontières' : la sécurité constitue aujourd'hui dans tous les États un Principe régulateur, c'est-à-dire, confusément et tout à la fois, un sentiment, un programme politique, des forces matérielles, une source de légitimité, un bien marchand, un service public. Ce Principe est le fruit de quatre acceptions historiques : la sécurité comme état mental, disposition des grandes sagesses stoïciennes, épicuriennes et sceptiques à atteindre la fermeté d'âme face aux vicissitudes du monde ; la sécurité comme situation objective, ordre matériel caractérisé par une absence de dangers (c'est l'héritage du millénarisme chrétien) ; la sécurité comme garantie par l'État des droits fondamentaux de la conservation des biens et des personnes, voire comme bien public (surveillance, équilibre des forces, raison d'État et état d'exception) ; la sécurité comme contrôle des flux à notre époque contemporaine, avec ses concepts nouveaux : la 'traçabilité', la 'précaution', la 'régulation'. Loin d'être des acceptions successives, ces dimensions sont des 'foyers de sens', toujours à l'œuvre conjointe – la tranquillité du Sage ne dépend plus de techniques spirituelles mais d'un bon gouvernement et d'un État fort ; les ressorts millénaristes ont été recyclés par les révolutions totalitaires du XXe siècle ; la tension s'est installée entre la sécurité policière et la sécurité juridique, entre la sécurité militaire et la sécurité policière qui prétend, à son tour, combattre 'l'ennemi intérieur' ; la biosécurité et ses logiques de sollicitations permanentes – être toujours et partout accessible, réactif – sont à l'opposé de l'idéal antique de la stabilité intérieure ; tandis que la sécurité du marché impose un démantèlement de l'État-providence, des politiques de santé publique et des logiques de solidarité : la sécurité-régulation se substitue à la sécurité-protection. Pour finir, le Principe Sécurité se définit toujours par une retenue au bord du désastre.





