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Le Ghetto scolaire

2024

Najat Vallaud-Belkacem

LD

Lucille Duprat plans to do

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4 reviews

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8.0/10

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Summary

Depuis vingt ans, les enquêtes internationales se succèdent : notre système éducatif est de ceux où les parcours scolaires sont le plus fortement déterminés par le milieu social. La France a laissé se développer des établissements-ghettos où l’on ne se mélange plus, où l’on empêche les enfants d’apprendre les uns des autres et les uns avec les autres. Parce que la ségrégation est devenue le fléau de l’école, nous avons besoin d’une révolution de la mixité. Preuves à l’appui, fort des expériences réussies, ce livre démontre que cette révolution est possible, à peu de frais et avec des résultats tangibles. Il est urgent de réinventer l’école contre les séparatismes sociaux qui la détruisent. François Dubet est professeur de sociologie émérite à l’université de Bordeaux, directeur d’études à l’EHESS. Il a publié Les Places et les Chances (2010), La Préférence pour l’inégalité (2014) et Le Temps des passions tristes (2019). Najat Vallaud-Belkacem est ancienne ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Elle a publié Raison de plus (2012), La vie a plus d’imagination que toi (2017) et La Société des vulnérables (avec Sandra Laugier, 2020).

Reviews and Comments

1 reviews
Simon
Simonrated ★ 8/10
August 25, 2024

François Dubet (prof de socio à Bordeaux), et Najat Vallaud-Belkacem (ex ministre de l'éducation nationale), développent un manifeste contre l'inégalité sociale de l'école, montrant ses failles et l'importance du milieu social dans la réussite scolaire (et dans la vie ?). Ils commencent par faire le parallèle astucieux entre le débat actuel sur la ségrégation scolaire, et celui qui animait la France au début du XXe siècle, à l'heure de l'instauration de l'éducation des filles et garçons ensemble. Vue par certains comme une "perversion périlleuse pour la vertu des enfants", elle s'est en réalité trouvé être une réussite au-delà des espérances. Alors qu'au début des années 60 émerge "l'école républicaine pour tous", dans l'idée d'octroyer à tous les enfants le droit, voire le devoir, de réussir et faire de longues études, est en réalité "tout le monde à l'école, mais pas exactement la même". Enquête PISA 2023 : "les élèves favorisés ne sont pas meilleurs que ceux dans d'autres pays, mais les défavorisés sont nettement plus faibles, ce qui fait chuter la moyenne de l'ensemble". De plus, "de tous les pays de l'OCDE, notre pays est celui dans lequel le statut des parents détermine le plus fortement les performances des élèves". D'ailleurs, il est nécessaire de décorréler l'immigration de ces résultats : "13% des enfants d'immigrés réussissent très bien en France, contre 17% dans les pays de l'OCDE". Théorème de Duru : "les groupes d'élèves, classes et établissements composés de bons élèves progressent généralement bien, et plus encore quand les élèves sont très bons. En revanche, les groupes homogènes d'élèves faibles ou très faibles ne progressent guère, et dans bien des cas, ne progressent pas du tout". Ainsi, les classes de niveau et les établissements non mixtes creusent les inégalités. À l'inverse, la mixité n'impacte que très peu les très bons élèves, tout en étant extrêmement favorable aux plus faibles. 2 mécanismes sont responsables de la ségrégation scolaire : - la répartition spatiale des inégalités sociales - la stratégie des familles (volontairement ou non) Ex. de stratégie : le choix des options/filières (les enfants de milieu très favorisé sont 4x plus nombreux à se présenter en général plutôt qu'en professionnel pour le DNB) La politique de Sarkozy pour l'éducation, officiellement "d'assouplissement de la carte scolaire par l'octroi de dérogations priorisant les boursiers", a eu premièrement des effets très limités, et deuxièmement renforçait les plus favorisés, car les boursiers ne représentent que 7 à 8% des demandeurs de dérogations. La stratégie de Najat Vallaud-Belkacem, en 2015, est de créer des secteurs multi-colleges permettant de réorganiser au niveau des départements l'assignation des élèves. Cette approche ne peut se faire par décret, il faut donc décentrer le regard et se focaliser au niveau des communes et départements. Les résultats sont plus que probants, dans plusieurs secteurs pilotes comme à Paris, Toulouse ou Nancy, où l'attractivité des collèges concernés par une soudaine hausse de la mixité s'est exécutée. Cette opération a nécessité l'intervention concertée de l'État, des collectivités territoriales, employés des collèges et des parents d'élèves. Les premiers résultats sont unanimes, les résultats ont progressé, sans que les plus favorisés ne soient tirés vers le bas. Une étude empirique en 2015 prouve les résultats de ces expérimentations. La réponse est sans appel : la mixité sociale augmente significativement, tout particulièrement dans les collèges cibles où la ségrégation sociale était la plus forte. Deuxième effet important : il n'y a eu aucune fuite d'élèves vers le privé, ce qui rassure sur l'attractivité des collèges publics. En outre, au-delà de ces améliorations, nombreux sont les bénéfices extra scolaires : amélioration de la confiance en soi pour les plus favorisés comme pour les moins, meilleure perception du personnel enseignant, augmentation des sensibilités liées à l'égalité, la solidarité, le partage... En somme, une plus grande ouverture d'esprit. "En matière de mixité sociale, le temps est venu de sortir du modèle volontariste localisé pour passer à un modèle national unifié, et si nécessaire contraignant" Cette réforme doit doter l'éducation nationale de moyens supplémentaires, et doit se coordonner avec les collectivités locales pour une action de terrain efficace. Ce changement ne peut se faire sans le privé (par ex, en allouant moins de fonds lorsque les résultats de mixité sont négatifs, sachant que le privé est financé en moyenne à hauteur de 70%). Enfin, cette mouvance doit s'accompagner d'une étude scientifique rigoureuse, et d'un courage politique assumé. En France, la politique d'assignation à un poste contre le bon vouloir des enseignants est contre-productif avec l'idée d'une cohérence des équipes éducatives qui favorisent un meilleur enseignement (apprendre des autres, meilleur climat...) Puisque l'école a le quasi monopole du tri des individus, les auteurs invitent à réfléchir différentes formes de mérites : être habile de ses mains, savoir travailler avec d'autres, avoir des compétences relationnelles... De manière plus globale, il faut repenser les conditions du travail, remettre la reconnaissance des individus dans le travail au premier plan pour soulager le poids de l'école dans le déterminisme social. "Tour projet éducatif est un projet de société, et vice-versa"

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