We blew it
Lucas Blandinières rated ★ 8/10
Dans un contexte d’élections présidentielles et de montée du trumpisme, le film revient brillamment sur les années 60-70 : événements historiques, effervescence artistique, idéaux de liberté, mais aussi illusions et désillusions. Au travers de multiples témoignages, Jean-Baptiste Thoret tente de décrypter la transition brutale d’une époque à une autre, et d’analyser comment une Amérique porteuse d’utopies a pu basculer vers une réalité politique et culturelle radicalement différente. Le résultat est un film-documentaire profondément humain, porté par un regard tendre et respectueux. Jamais dans le jugement, toujours dans l’écoute, il laisse chaque intervenant s’exprimer pleinement, avec une vraie considération pour la complexité de leurs parcours et de leurs idées. Ce qui fascine, c’est justement la diversité des voix réunies : grandes figures de l’industrie du cinéma, artistes parfois oubliés, activistes de la contre-culture, mais aussi anonymes croisés dans des régions reculées des États-Unis. Tous viennent d’horizons différents, portent des sensibilités et des orientations politiques parfois opposées, et pourtant le film leur accorde à chacun la même importance. Il en ressort une fresque nuancée, loin de tout manichéisme, qui cherche moins à trancher qu’à comprendre. Le documentaire est aussi un voyage géographique. Thoret filme les routes, les paysages, les architectures, créant un contraste fort entre les grandes villes développées et les territoires isolés, parfois en déclin. Cette attention portée aux lieux ancre le propos dans quelque chose de très concret, le réalisateur traverse volontairement des endroits où ont été tournés des films majeurs de la période, comme si ce cinéma restait inscrit dans les paysages eux-mêmes et que les territoires conservaient la trace de cette époque. L’ensemble est traversé par une nostalgie assumée, perceptible dans le ton, dans la manière de filmer les intervenants, dans l’usage des musiques d’époque. Mais cette nostalgie est teintée de lucidité, ce qui rend le sentiment doux-amer. C’est passionnant, instructif pour comprendre le cinéma des années 70 et les mouvements artistiques de cette période, souvent subtil et parfois très touchant. J’ai beaucoup aimé.