La Bhagavad Gîtâ
Lionel Jouffe a noté 9/10
Le[1] ou la Bhagavad-Gita (prononcé comme "guîtâ"[2] avec un g dur) ou Bhagavadgita (devanagari : भगवद्गीता (Bhagavadgītā), terme sanskrit se traduisant littéralement par « chant du Bienheureux » ou « Chant du Seigneur »[3]) est la partie centrale du poème épique Mahabharata (Aranyaka-parva, 25 - 42). Ce texte est un des écrits fondamentaux de l'hindouisme souvent considéré comme un « abrégé de toute la doctrine védique »[4]. La Bhagavad-Gita est composée de 18 chapitres. Ce récit n'a cessé d'imprégner la pensée hindoue tout au long des siècles. La Bhagavad-Gita conte l'histoire de Krishna, 8e avatar de Vishnou (identifié comme une manifestation du Brahman) et d'Arjuna, un prince guerrier en proie au doute devant la bataille qui risque d'entraîner la mort des membres de sa famille, les Kaurava, qui se trouvent dans l'armée opposée. —— Le poème se compose de sept cents distiques, divisés en dix-huit chapitres. Le récit est constitué du dialogue entre Krishna et Arjuna. Il enseigne que, même si tous les chemins diffèrent, leur but fondamental reste le même : réaliser le Brahman et échapper au cycle des renaissances à travers la réalisation du Soi. Il est fait allusion par Arjuna, dans le premier chapitre, au mélange des castes (varṇasaṃkara) : ce qui apparaît, dans le Mahabharata et les Purana, « comme l'un des plus grands maux, annonciateur d'une destruction périodique de l'univers[8] ». Krishna instruit Arjuna sur un grand éventail de domaines, à commencer par celui qui résout le dilemme d'Arjuna, la réincarnation[9], signifiant par là que les vies perdues dans la bataille ne le sont pas véritablement. Krishna continue d'exposer un grand nombre de sujets spirituels, parmi lesquels plusieurs yogas — ou chemins de dévotion — différents. Dans le onzième chapitre, Krishna dévoile à Arjuna qu'il est, en fait, une incarnation du dieu Vishnou. Selon Anne-Marie Esnoul : « Un des traits les plus frappants de tout le texte est l'importance accordée au yoga, pris au sens de discipline unitive : unification des sens, puis de la pensée. Ici, yoga perd beaucoup de son sens technique pour devenir à peu près synonyme de bhakti. […] Cette adoration faite d'attention vigilante, dirigée vers un seul but va s'organiser autour de quelques thèmes : théories d'un sâmkhya qui ne revêt pas encore l'aspect systématique qu'on lui connaîtra aux siècles suivants, théories de l'action au sens de “sacrifice” et des autres “bonnes actions”[7]. » La guerre peut être considérée comme une métaphore des confusions, des doutes, des craintes et des conflits qui préoccupent toute personne à un moment ou un autre de sa vie[10]. La Gita s'adresse à cette discorde en nous et enseigne les yogas qui permettent de l'apaiser : le Bhakti yoga ou la voie de la dévotion au Dieu personnel, le Jnana yoga ou la voie de la connaissance, le Karma yoga ou voie de l'action juste. Selon Krishna, la racine de toutes les douleurs et de tous les troubles est l'agitation de l'esprit provoquée par le désir. Pour éteindre la flamme du désir, indique Krishna, il faut calmer l'esprit par la discipline des sens et de l'esprit. L'enseignement du renoncement ou détachement des fruits de l'action revêt une importance particulière, sans pour autant inciter à un non-agir ; chacun doit, selon sa nature, s'efforcer de remplir son devoir personnel (svadharma)[7]. Selon la Bhagavad-Gita, le but de la vie est de libérer l'esprit et l'intellect de leurs constructions illusoires et de les concentrer sur l'Absolu (personnifié par Krishna dans le texte). Ce but peut être réalisé par les yogas d'action, de dévotion et de connaissance. Le texte finit par un chant exposant la doctrine du renoncement, qui permet d'échapper au samsara, le cycle des renaissances : « Unifiant l'intelligence purifiée [avec la pure substance spirituelle en lui], maîtrisant l'être entier par une volonté ferme et stable, ayant renoncé au son et aux autres objets des sens, se retirant de toute affection et de toute aversion, recourant à l'impersonnelle solitude, sobre, ayant maîtrisé la parole, le corps et le mental, constamment uni par la méditation avec son moi le plus profond, renonçant complètement au désir et à l'attachement, rejetant égoïsme, violence, arrogance, désir, courroux, sens et instinct de possession, délivré de tout sens de « moi » et de « mien », calme et lumineusement impassible – un tel homme est prêt pour devenir le Brahman. Quand un homme est devenu le Brahman, quand, dans la sérénité du moi, il ne s'afflige ni ne désire, quand il est égal envers tous les êtres, alors il obtient le suprême amour et la dévotion suprême pour Moi. » — XVIII, 51-54 Dans la culture populaire, en dehors des cercles culturellement influencés par les enseignements du livre, les mots les plus connus de son contenu furent prononcés par le physicien et directeur du projet Manhattan, J Robert Oppenheimer, aussi appelé "père de la bombe atomique", alors qu'il se remémore ses pensées face à la puissance de son invention, dont il a pu témoigner en assistant au premier essai atomique de l'Histoire. Il dit : « Nous savions que le monde ne serait plus jamais le même. Quelques gens ont ri, quelques gens ont pleuré, mais la plupart était silencieux. Je me souviens une ligne de l'écrit hindou la Bhagavad-Gita, où Vishnou tente de persuader le Prince qu'il doit accomplir son devoir... et, pour l'impressionner, prend sa forme aux multiples bras, et dit "Et maintenant je suis devenu la Mort, le Destructeur de mondes"... Je suppose que nous avons tous pensé cela, d'une manière ou d'une autre. » — J. Robert Oppenheimer, 1965, 20 ans après l'essai atomique Trinity Cette traduction faite par le physicien est cependant à prendre avec des pincettes, certains termes comme "la Mort" pouvant être changés, dans le contexte de la phrase, en des termes presque synonymes .