M.C Escher
Thomas le vaillant rated 6/10
Apprécier l’œuvre de Maurits Cornelis Escher (1898-1972) a longtemps été une faute de goût pour l’amateur d’art. Seuls les scientifiques ont adoubé ces inventions graphiques en noir et blanc qui semblent rendre visible l’abstraction mathématique et lui donner une forme en 3D, défiant la planéité de la feuille. L’homme est un ovni. Né aux Pays-Bas, formé à l’architecture et aux arts décoratifs, il opte pour la gravure, considérée comme un genre prétendument mineur. Cette exposition, première rétrospective dans la capitale, révèle sa création hors du commun avec près de cent soixante-dix pièces, dans un parcours chronologique passant d’un art figuratif cultivant l’étrange, parfois presque surréaliste, à une géométrisation de l’espace systémique. Ce temps d’adaptation est nécessaire pour comprendre cet œil original qui mémorise les images sous un angle toujours excentrique. Souvent en surplomb ou en vision hyperbolique, comme son autoportrait dans une boule de cristal déformante, ou bien en séquençage, tel ce vol d’oies sauvages en transformation (Jour et nuit, 1938). Après un voyage en Espagne, Escher se prend de passion pour l’imbrication des formes, à l’image des tesselles des mosaïques maures admirées à l’Alhambra, et l’infinie complexité des combinaisons géométriques qu’elles permettent. D’une décennie passée en Italie, il garde un goût acéré pour l’architectonique, remixée avec son obsession de la mutation graphique. À ce titre, le fabuleux panorama Métamorphose II (1939-1940), gravure sur bois de près de 4 mètres de long, est un chef-d’œuvre de complexité poétique. S’y déroule l’hybridation successive de formes diverses assemblées, damiers devenant salamandres, puis pavages, puis nids d’abeilles, puis abeilles, poissons, cubes, maisons, église, jeu d’échecs et retour dans l’autre sens à mi-parcours, exactement comme une comptine d’enfant à la « marabout-bout de ficelle » se mordant la queue. Dans les années 1950, Escher devient célèbre pour ses architectures ludiques manipulant la perspective et le sens de la gravité, qui feront la joie de la culture hippie. Tel cet escalier montant et descendant sans queue ni tête (Relativité, 1953), en hommage à l’Italien Piranèse (XVIIIᵉ siècle). TÉLÉRAMA • Par Sophie CACHON • Publié le 23 décembre 2025.