
Avis de la communauté
Opinion du public
32 avis
7,7/10
3,9/5
Presse3,7/5
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Synopsis
Trois amis ouvriers découvrent plusieurs millions de dollars en billets de banque et élaborent un plan pour cacher leur découverte aux autorités. Mais leur plan se complique rapidement...
Avis et Commentaires
6 avisUn plan simple est une démonstration redoutablement efficace du pouvoir de l’argent sur l’esprit humain. Le film montre avec une grande justesse comment une somme d’argent soudaine peut ronger l’éthique, faire vaciller les principes les plus solides et révéler des parts profondément sombres chez des individus en apparence ordinaires. Au départ, Hank apparaît comme le personnage rationnel du groupe, celui qui pense d’abord à rendre l’argent. Il semble posé, réfléchi, presque moralement irréprochable. Mais très vite, on assiste à sa lente dérive. Il s’enfonce progressivement dans les vices les plus troubles, au point de ne plus être pleinement conscient de ce qu’il fait. Une phrase de sa femme résume parfaitement cette bascule : « Tu es juste un type normal, jamais personne ne te penserait capable de faire des choses pareilles ». Dite avec un détachement glaçant, presque comme si elle parlait d’un personnage de fiction, elle souligne à quel point le mal peut naître de la normalité la plus banale. Sa femme connaît elle aussi une évolution marquante. Comme Hank, elle affirme d’abord que, face à une telle situation, elle rendrait l’argent, qu’elle n’est pas faite pour voler. Mais dès que l’argent est posé sur la table, son regard change. On perçoit immédiatement l’effet euphorisant et grisant qu’il produit. Peu à peu, elle devient le véritable cerveau de l’opération, élaborant des plans avec un sang-froid et une logique dignes d’une criminelle aguerrie, qu’elle dicte à Hank, désormais exécutant plus que décideur. Jacob est sans doute le personnage le plus attachant, mais surtout parce qu’il inspire la pitié. Effacé, raté, sans réel avenir, il n’a pour repères que son frère Hank, qu’il admire malgré un fort complexe d’infériorité, et Lou, son ami douteux. La scène chez Lou, juste avant son meurtre, est particulièrement forte : Jacob doit trahir son ami en jouant un faux passage aux aveux pour protéger Hank. Il s’exécute, mais détourne ce jeu de rôle pour dire enfin à son frère ce qu’il a sur le cœur : qu’ils n’ont rien en commun, que Hank se pense au-dessus des autres, plus intelligent, plus légitime. Paradoxalement, Lou, pourtant présenté comme le personnage le plus vulgaire et le plus grossier, est celui qui reste le plus fidèle à lui-même jusqu’à la fin. L’argent ne le rend pas plus mauvais qu’il ne l’est déjà. Alcoolique, sans emploi, nerveux et désagréable, il a au moins le mérite d’être sincère : il ne feint pas l’amitié, avoue ses difficultés financières et ne complote pas dans l’ombre pour doubler les autres. Soit il est trop bête pour calculer, soit il incarne ironiquement la seule forme de sensibilité et d’humanité du film, sans jamais apporter de véritable espoir tant son personnage est exaspérant. Hank, au final, apparaît comme un raté au même titre que son frère et Lou, mais d’une autre manière. Il a fait des études pour s’élever socialement, au prix du sacrifice de sa famille, pour finir simple employé mal payé, sans perspective. Comme le pense Jacob, Hank se croit supérieur, plus apte à gérer la situation que les autres, mais cette illusion de contrôle ne fait que précipiter sa chute. La mise en scène renforce cette tragédie morale par plusieurs symboles forts. Les corbeaux, très présents et filmés de près, annoncent dès le départ que la mort rôde dans cet environnement. Le contraste entre les paysages enneigés, d’un blanc immaculé, et la noirceur grandissante des âmes est particulièrement frappant. Personne ne sort gagnant de Un plan simple, et c’est précisément ce qui donne tout son poids au film. L’avidité ne mène ici qu’au chaos et à la destruction. La dernière image, celle de la ferme de l’enfance de Hank et Jacob, en ruines et dévastée, agit comme un miroir de la vie de Hank : un passé détruit, un présent vide, et aucune forme de rédemption possible.





