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Huit et demi

1963

Drama

2h18

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Lucas Blandinières

Lucas Blandinières plans to do

Huit et demi s’ouvre sur dix minutes absolument vertigineuses. Le cauchemar du personnage coincé dans sa voiture enfumée, entouré de regards figés, puis son envol irréel dans le ciel avant d’être rattrapé sur la plage comme un cerf-volant humain, donne immédiatement le ton : on est dans le fantasme, le désir, l’angoisse, le ridicule et le sublime à la fois. Fellini enchaîne sans respirer avec l’auscultation médicale, puis la séquence à la source, procession quasi mystique de corps venus boire une eau prétendument salvatrice. La classe nonchalante de Mastroianni irradie chaque plan, la première apparition de Claudia Cardinale agit comme une vision pure et irréelle, tandis que Wagner, Mozart et d’autres chefs-d’œuvre classiques enveloppent le tout d’une solennité ironique et grandiose. Seule réserve visuelle : la surexposition très marquée de la séquence à la source, peut-être volontaire, mais légèrement dérangeante. Le film est un chaos permanent, volontairement parasité par les visions, les souvenirs, les fantasmes lubriques, les collaborateurs envahissants, les producteurs oppressants, les fans insistants. Ce désordre narratif est le miroir exact de l’état mental de son personnage principal : un créateur vidé, rongé par le doute, paralysé face à une œuvre qu’il s’acharne à vouloir réaliser sans en avoir la moindre vision claire. Huit et demi parle d’un homme perdu, accablé par ses regrets, son rapport au sacré, sa peur du jugement (divin comme humain), et sa remise en question permanente. Le scénario est trop intime, trop précis pour n’être qu’un simple exercice d’imagination : c’est évidemment Fellini lui-même, en pleine crise créative, exposé à nu. Formellement, le film est d’une richesse folle. Le travail sur les costumes est remarquable : une élégance décontractée, presque fainéante mais parfaitement maîtrisée chez les hommes (Mastroianni en tête), tandis que les femmes arborent des parures luxuriantes, fourrures, voiles, chapeaux, figures de désir. Le film oscille naturellement entre italien et français, rappelant la proximité intellectuelle et esthétique des deux cinémas avant-gardistes de l’époque. Les dialogues semblent parfois errer sans but précis, mais cette impression est parfaitement cohérente avec le flou existentiel du récit. La séquence du harem fantasmé, grandiloquente et complètement démente, pousse à l’extrême l’obsession du personnage pour les femmes, obsession paradoxale puisqu’il se révèle incapable de les aimer ou de les chérir sincèrement. À noter quand même, avec le recul, certains regards très datés des années 60, notamment une représentation border de la femme noire et de la figure exotique, féline et fantasmée. Les figures féminines sont essentielles. Anouk Aimée est extraordinaire, oscillant entre grâce, rancœur et lassitude, et d’une beauté fulgurante. Claudia Cardinale, quant à elle, plane au-dessus du film comme une muse inaccessible : peu présente à l’écran, mais constamment attendue, idéalisée, irréelle. Visuellement, le film regorge de plans oniriques sublimes et d’une mise en scène peuplée d’une quantité hallucinante de personnages et de figurants, renforçant ce sentiment d’écrasement et de saturation mentale. La fin agit comme une conversation intérieure sur l’œuvre, la carrière, l’héritage laissé derrière soi. « Il n’a rien à dire » résonne alors comme un écho direct à la célèbre phrase de Fellini sur l’artisan qui n’a rien à dire mais sait comment le faire. Huit et demi devient une ode au vide, à la page blanche, à la beauté du néant, une éducation au silence autant qu’un éloge du doute. Le film peut se lire comme deux heures de thérapie et de méditation chaotique, une plongée libre dans l’esprit tourmenté de Fellini. Ce n’est pas une œuvre facile, qu’on aime instantanément, tant elle est intime et personnelle, mais c’est du génie pur, d’un avant-gardisme et d’une lucidité absolument sidérants.

Community Reviews

Public Opinion

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46 reviews

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7.1/10

allociné logo

3.2/5

Press

4.0/5

Spect.
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Synopsis

A harried movie director retreats into his memories and fantasies.

Reviews and Comments

12 reviews
LT
Lisa Tomalarated ★ 6/10
October 9, 2025

Federico Fellini DOP Gianni Di Venanzo

Maryam Wakili
Maryam Wakili rated ★ 7/10
August 17, 2025

Les 45 dernières minutes rattrapent le début lent et confus. Néanmoins on y voit de très beaux plans et parfois les thèmes et sujets abordés sont très pertinents, avec des dialogues bien écrits. Mais globalement c'est assez inégal.

Stephane C
Stephane Crated ★ 7/10
February 15, 2025

Magnifiquement filmé Bcp vieilli

iphone giovanni
iphone giovannirated ★ 10/10
December 30, 2025

A
Albertrated ★ 8/10
November 30, 2025

Manuel
Manuel rated ★ 2/10
October 16, 2025

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