
La Femme infidèle
1969
•
Crime / Drama
•
1h38
Melody rated 7/10
Film de Cabrol : gens de la vie quotidienne Pas de très gentil ou très méchant Avec La Femme infidèle, Claude Chabrol signe l’un de ses films les plus froids et les plus implacables, une autopsie minutieuse du couple bourgeois où le crime n’est jamais un accident, mais la conséquence logique d’un ordre social et moral étouffant. Le film s’ouvre sur une apparente harmonie : Charles Desvallées (Michel Bouquet), cadre supérieur méthodique et discret, vit avec sa femme Hélène (Stéphane Audran) et leur fils dans une maison confortable en banlieue parisienne. Tout semble réglé, calme, presque aseptisé. Chabrol filme cette bourgeoisie avec une précision clinique : les intérieurs sont nets, les gestes mesurés, les silences lourds. Rien ne dépasse, et pourtant tout est déjà fissuré. L’infidélité d’Hélène n’est pas présentée comme une passion débordante, mais comme un fait presque banal. Stéphane Audran incarne une femme à la fois distante et opaque, dont les sentiments restent volontairement illisibles. Chabrol ne cherche jamais à la juger ni à expliquer son adultère : il le montre comme un déséquilibre discret dans un système trop bien huilé. Cette neutralité est essentielle, car elle déplace le centre du film vers le regard du mari. Michel Bouquet livre ici une interprétation glaçante. Charles n’est ni violent ni hystérique : il observe, il calcule, il décide. Lorsqu’il découvre la liaison de sa femme avec Victor Pégala, l’ami écrivain (Maurice Ronet), sa réaction est d’une rationalité terrifiante. Le meurtre surgit presque sans explosion émotionnelle, filmé avec une sécheresse qui en accentue l’horreur. Chabrol refuse tout effet spectaculaire : le crime est traité comme un geste fonctionnel, presque administratif. Ce qui frappe, c’est que le film ne s’intéresse pas tant à la culpabilité qu’à la restauration de l’ordre. Après le meurtre, Charles s’emploie à effacer toute trace, à reconstruire une façade familiale intacte. La justice, la morale, la vérité importent moins que la préservation du cadre bourgeois. Le fils devient alors un enjeu central : c’est pour lui, ou du moins au nom de lui, que tout est fait. Mais cette justification sonne creux, révélant l’hypocrisie d’un monde où l’enfant sert d’alibi moral. La mise en scène de Chabrol est d’une rigueur implacable. Les plans sont sobres, les mouvements de caméra rares, laissant au spectateur le temps de scruter les visages et les non-dits. La musique de Pierre Jansen accompagne le film avec parcimonie, accentuant le malaise plutôt que le drame. Tout concourt à installer une atmosphère de normalité inquiétante, où le crime devient presque acceptable parce qu’il est commis par un homme respectable. Avec La Femme infidèle, Chabrol ne raconte pas seulement une histoire d’adultère et de meurtre ; il dresse le portrait d’une société qui tolère la violence tant qu’elle reste invisible et bien rangée. Le film interroge la morale bourgeoise, non par des discours, mais par l’observation patiente de comportements ordinaires menant à l’irréparable. C’est cette froideur, cette absence de jugement explicite, qui fait toute la force du film et en fait l’un des sommets du cinéma de Chabrol.
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Synopsis
A man begins to believe his wife is cheating on him.
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8 reviewsFilm de Cabrol : gens de la vie quotidienne Pas de très gentil ou très méchant Avec La Femme infidèle, Claude Chabrol signe l’un de ses films les plus froids et les plus implacables, une autopsie minutieuse du couple bourgeois où le crime n’est jamais un accident, mais la conséquence logique d’un ordre social et moral étouffant. Le film s’ouvre sur une apparente harmonie : Charles Desvallées (Michel Bouquet), cadre supérieur méthodique et discret, vit avec sa femme Hélène (Stéphane Audran) et leur fils dans une maison confortable en banlieue parisienne. Tout semble réglé, calme, presque aseptisé. Chabrol filme cette bourgeoisie avec une précision clinique : les intérieurs sont nets, les gestes mesurés, les silences lourds. Rien ne dépasse, et pourtant tout est déjà fissuré. L’infidélité d’Hélène n’est pas présentée comme une passion débordante, mais comme un fait presque banal. Stéphane Audran incarne une femme à la fois distante et opaque, dont les sentiments restent volontairement illisibles. Chabrol ne cherche jamais à la juger ni à expliquer son adultère : il le montre comme un déséquilibre discret dans un système trop bien huilé. Cette neutralité est essentielle, car elle déplace le centre du film vers le regard du mari. Michel Bouquet livre ici une interprétation glaçante. Charles n’est ni violent ni hystérique : il observe, il calcule, il décide. Lorsqu’il découvre la liaison de sa femme avec Victor Pégala, l’ami écrivain (Maurice Ronet), sa réaction est d’une rationalité terrifiante. Le meurtre surgit presque sans explosion émotionnelle, filmé avec une sécheresse qui en accentue l’horreur. Chabrol refuse tout effet spectaculaire : le crime est traité comme un geste fonctionnel, presque administratif. Ce qui frappe, c’est que le film ne s’intéresse pas tant à la culpabilité qu’à la restauration de l’ordre. Après le meurtre, Charles s’emploie à effacer toute trace, à reconstruire une façade familiale intacte. La justice, la morale, la vérité importent moins que la préservation du cadre bourgeois. Le fils devient alors un enjeu central : c’est pour lui, ou du moins au nom de lui, que tout est fait. Mais cette justification sonne creux, révélant l’hypocrisie d’un monde où l’enfant sert d’alibi moral. La mise en scène de Chabrol est d’une rigueur implacable. Les plans sont sobres, les mouvements de caméra rares, laissant au spectateur le temps de scruter les visages et les non-dits. La musique de Pierre Jansen accompagne le film avec parcimonie, accentuant le malaise plutôt que le drame. Tout concourt à installer une atmosphère de normalité inquiétante, où le crime devient presque acceptable parce qu’il est commis par un homme respectable. Avec La Femme infidèle, Chabrol ne raconte pas seulement une histoire d’adultère et de meurtre ; il dresse le portrait d’une société qui tolère la violence tant qu’elle reste invisible et bien rangée. Le film interroge la morale bourgeoise, non par des discours, mais par l’observation patiente de comportements ordinaires menant à l’irréparable. C’est cette froideur, cette absence de jugement explicite, qui fait toute la force du film et en fait l’un des sommets du cinéma de Chabrol.
Franchement, je me réconcilie enfin avec Claude Chabrol, ça fait du bien. Grâce à des interviews que j’ai lu de lui, j’ai compris qu’il y avait beaucoup d’humour dans les traits de personnalité qu’il décidait de mettre en avant. Même si cela ne se voyait pas du tout, pas du tout. Là en l’occurrence, Stéphane Audran (la femme réelle de Claude Chabrol) tient réellement le film et c’est tout à fait formidable. On est sur une histoire assez simple : un homme qui ressent que sa femme le trompe et qui va aller chercher le comment du pourquoi. Bien évidemment, il avait raison et sur un coup de sang, il va tuer l’amant de sa femme. La police va s’en mêler, évidemment, et jusqu’au bout, on pense qu’il va s’en sortir. Sauf que la fin est formidable : de loin, on comprend qu’il va se faire avoir, lui aussi, il dit à sa femme qu’il l’aime du fond de son coeur, elle comprend aussi et on a un plan absolument magique de quelques secondes sur son visage à elle où on la voir avoir un sourire indescriptible (mon mari m’aime tellement qu’il est allé jusqu’au meurtre, quelle classe !). C’est franchement du génie. Peut-être qu’à certain moment, notamment le moment où le mari tue et jette le cadavre, c’est un peu long et que ça aurait mérité à être un peu plus dynamique. Mais c’est okay. Des scènes aussi très belles surtout en boite de nuit dans les années 60s : quel chic, quelle classe et quel patrimoine historique et culturel !





