Les dimanches đïž
Thomas le vaillant rated â 7/10
Alauda Ruiz de AzĂșa âą 2026âą 1h56 âą Espagne - France âą Avec Blanca Soroa, Patricia Arnaiz, Juan MinujĂn, Miguel GarcĂ©s, Nagore Aranburu, Mabel Rivera, Leire Zuazua, Itziar Aizpuru. Ainara, ĂągĂ©e de 17 ans et Ă©lĂšve dans un lycĂ©e catholique, s'apprĂȘte Ă passer son bac et Ă choisir son futur parcours universitaire. A la surprise gĂ©nĂ©rale, cette jeune fille annonce Ă sa famille qu'elle souhaite participer Ă une pĂ©riode d'intĂ©gration dans un couvent afin d'embrasser la vie de religieuse... âȘïžâȘïžâȘïžâȘïžâȘïžâȘïžâȘïžâȘïžâȘïžâȘïžâȘïžâȘïžâȘïžâȘïžâȘïžâȘïžâȘïž Sur le petit comme sur le grand Ă©cran, la vigueur de la « Nouvelle Vague » ibĂ©rique ne cesse dâimpressionner. Dans le sillage de Rodrigo Sorogoyen (la sĂ©rie lâos anos nuevos), Carla SimĂłn (nos soleils), ou Jonas Trueba (la reconquista), Alauda Ruiz de AzĂșa est en passe dâen devenir lâune des voix les plus singuliĂšres. En France, on connaĂźt sa bouleversante sĂ©rie querer, sur les violences conjugales. VoilĂ quâavec Les Dimanches â dĂ©jĂ rĂ©compensĂ© dans plusieurs festivals â, elle sâempare dâun sujet dĂ©licat et austĂšre : la vocation religieuse dâune adolescente. ScolarisĂ©e dans un Ă©tablissement catholique de Bilbao, Ainara, 17 ans, annonce Ă ses proches vouloir entamer une pĂ©riode de « discernement », en vue dâentrer dans les ordres. Son choix suscite des rĂ©actions contrastĂ©es. Alors que son pĂšre, Iñaki, semble Ă la fois comprĂ©hensif et dĂ©missionnaire, peut-ĂȘtre soulagĂ© de ne pas avoir Ă payer dâĂ©tudes universitaires, sa tante MaitĂ©, farouchement athĂ©e, sâacharne Ă convaincre la jeune femme quâelle sâapprĂȘte Ă sacrifier sa vie. Comment dĂ©celer, si jeune, lâappel divin, alors quâon nâa encore rien vĂ©cu ? La foi nâest-elle ici quâun refuge illusoire ? Aucune rĂ©ponse nâest Ă©vidente dans ce film dâune grande retenue, et dâune cruautĂ© feutrĂ©e. Alauda Ruiz de AzĂșa ne cherche pas Ă Ă©puiser les mystĂšres de la vocation â ils restent impĂ©nĂ©trables â, mais scrute plutĂŽt les incomprĂ©hensions, et dĂ©flagrations, quâelle suscite. DĂ©construire lâĂ©quilibre domestique Dans Lullaby, son premier long mĂ©trage (inĂ©dit chez nous), la rĂ©alisatrice redĂ©finissait la place de chacun dans une famille en transition, aprĂšs le retour chez ses parents dâune jeune mĂšre en burn-out. Ici, elle confirme sa maĂźtrise de la tectonique des plaques, dĂ©construisant lâĂ©quilibre familial, exposant les lignes de failles que chaque protagoniste interprĂšte Ă sa maniĂšre. Belle jeune fille entourĂ©e dâamis, et sensible au charme dâun de ses camarades de classe, Ainara nâa, de prime abord, rien dâune prĂ©tendante Ă lâascĂšse. Elle semble pourtant chercher un cadre que son pĂšre, relativement absent, ne peut lui apporter, et, surtout, souffre de lâabsence dâune mĂšre morte trop tĂŽt â un manque qui, selon MaitĂ© (Ă©mouvante et dĂ©terminĂ©e Patricia LĂłpez Arnaiz), explique forcĂ©ment sa folie de vouloir devenir nonne. La cinĂ©aste sâappuie sur une mise en scĂšne sobre et Ă©touffante â espaces clos, couleurs passĂ©es â pour filmer le foyer comme un rempart qui sâĂ©rode, un espace mouvant oĂč se rĂ©vĂšlent, peu Ă peu, des conflits destructeurs : au sein du couple que forment MaitĂ© et Pablo, de la fratrie que la mĂȘme MaitĂ© compose avec Iñaki, et surtout du duo fusionnel entre la niĂšce et sa tante, cette derniĂšre finissant par ressentir le projet dâAinara comme une trahison. Ă travers des scĂšnes trĂšs vivantes de chorale, de vie scolaire, Les Dimanches questionne aussi, en filigrane, une sociĂ©tĂ© encore structurĂ©e par les traditions catholiques, oĂč lâon envoie les enfants dans des Ă©coles religieuses par convention plus que par conviction, oĂč cohabitent les rites sacrĂ©s et lâinsouciance dâune jeunesse frondeuse, qui sâamuse, transgresse, parle de sexe. LâĂglise, elle, nâest ni dĂ©fendue, ni condamnĂ©e dans cette chronique subtile, qui assume une position ambivalente vis-Ă -vis de lâinstitution, prĂ©sentĂ©e Ă la fois comme progressiste et implacablement dogmatique. Une dualitĂ© quâincarnent formidablement un conseiller spirituel jeune et moderne, et une mĂšre supĂ©rieure aussi bienveillante quâinflexible â , actrice principale de Querer. EndoctrinĂ©e, Ainara ? Sous les traits doux et impassibles de lâĂ©nigmatique et prometteuse Blanca Soroa, elle reste une page blanche, sur laquelle chacun peut projeter ce quâil veut. TĂLĂRAMA âą Par HĂ©lĂšne MARZOLF âą PubliĂ© le 10 fĂ©vrier 2026.