
Network
1976
Drama
2h01
Lucas Blandinières rated ★ 10/10
Network est sûrement l’œuvre la plus brillante de Sidney Lumet et peut-être l’une des plus intéressantes des années 70. Une satire féroce de l’abrutissement de masse à une époque où la télévision règne sans partage dans les foyers. Le film pousse sa logique jusqu’à l’extrême : endoctrinement collectif par les médias, information transformée en spectacle, et chaînes prêtes à tout diffuser tant que la courbe des audiences grimpe. Tout est traversé par un cynisme glaçant. Les situations flirtent parfois avec l’absurde voire le grotesque, mais c’est précisément ce décalage qui renforce la critique. Derrière le vernis de la déontologie journalistique, c’est une logique purement capitaliste qui gouverne. Le film montre un secteur prêt à se renier, à piétiner toute morale pour satisfaire la hiérarchie et les actionnaires. L’information n’est plus un service public, c’est un produit. Le film brille aussi par ses tirades et son acting incandescent. Les interprétations sont survoltées, les pétages de plombs saisissants de crédibilité. Derrière la démesure apparente, les dialogues sont d’une précision et d’une lucidité redoutables. Peter Finch est hallucinant en prophète médiatique en roue libre, William Holden apporte une gravité mélancolique et Robert Duvall incarne le cynisme froid et l’hypocrisie du management moderne. Et puis il y a Diana, personnage central, fascinant et dérangeant. Elle est à contre-courant pour un personnage féminin au milieu des années 70 : froide, carriériste, obsédée par la réussite, incapable d’émotion sincère, prête à instrumentaliser tout et tout le monde. Elle incarne le rouage le plus parfait d’un capitalisme brutal, pas d’attache, pas de morale, aucun centre d’intérêt hormis le travail. Faye Dunaway est sensationnelle dans le rôle, elle captive autant qu’elle effraie. Et bizarrement, c’est assez génial de voir un rôle féminin d’une telle dureté, d’une telle ambition amorale, à une époque où les représentations étaient souvent plus conventionnelles. Le film pousse sa logique jusqu’au paroxysme : d’abord une chaîne prête à diffuser des contenus anarchistes et révolutionnaires pour faire de l’audience, quitte à déstabiliser le pays ; puis l’étape suivante, encore plus glaçante, le meurtre comme outil de stratégie économique. La conclusion est d’un nihilisme terrifiant. Ce qui frappe aujourd’hui, c’est à quel point le film semble visionnaire. Le médium a changé, la télévision a été supplantée par les réseaux sociaux, mais la ressource reste la même : le temps d’attention. Comme dans le film, on fabrique les contenus les plus sensationnalistes possibles, on joue avec l’absurde, la colère, la désinformation, tant que ça capte et que ça convertit. C’est même inquiétant de constater qu’un film vieux de près de cinquante ans résonne encore plus fort aujourd’hui. Grandiose.
Synopsis
When veteran anchorman Howard Beale is forced to retire his 25-year post because of his age, he announces to viewers that he will kill himself during his farewell broadcast. Network executives rethink their decision when his fanatical tirade results in a spike in ratings.




