
Vanishing Point
1971
Action / Crime
1h39
Lucas Blandinières rated ★ 9/10
Sarafian livre ici une œuvre profondément libertaire. Kowalski ne fuit pas parce qu’il est coupable, il n’a rien fait d’illégal, n’a rien à cacher. Mais il décide que son trajet Denver–San Francisco se fera à sa manière, à toute vitesse, sans que personne ne lui dicte sa conduite. La course-poursuite devient alors un acte de principe, presque philosophique : une affirmation radicale de liberté individuelle. Il y a un motif clairement anarchiste et anticonformiste dans son refus de reconnaître l’autorité. Pourtant, le film est aussi traversé par des éléments classiques et patriotiques : les grands espaces, la Dodge Challenger, la mythologie du road movie. C’est à la fois une ode à une Amérique sauvage où l’individu primait, et un hommage à la contre-culture des 60s. Comme le dit Super Soul à la radio, Kowalski est “le dernier héros américain”. Le courant hippie est omniprésent, dans les rencontres, dans l’atmosphère, dans l’énergie globale du film. Peu à peu, on découvre le passé de Kowalski : vétéran du Vietnam, ancienne carrière de flic, pilote de course, amour perdu. Un parcours fragmenté qui raconte aussi les désillusions d’une génération. En filigrane, le film évoque la guerre, la violence institutionnelle, le racisme, et les raisons profondes du rejet de l’ordre établi. Kowalski et les policiers qui le traquent sont aux antipodes. Eux représentent l’État, la structure, la hiérarchie, les protocoles. Lui circule entre les états, libre, insaisissable, presque abstrait. Cette opposition structure tout le récit. La mise en scène est extraordinaire : immersion totale dans l’habitacle, sensation de vitesse constante, plans larges sur la nature environnante. Le travail sonore participe énormément à l’expérience — moteurs rugissants, crissements de pneus, sirènes lointaines — mêlés à des touches rock, folk et country qui renforcent l’identité du film. Un véritable vent de liberté souffle sur Vanishing Point. Le plaisir est constant, même si le final est tragique. Il agit comme un constat : la mort du “dernier héros américain”, c’est aussi celle d’un certain idéal, celui de la contre-culture des 60s, balayé par une société plus organisée, plus autoritaire. Un magnifique film testament, à la fois mélancolique et étincelant.
Synopsis
Kowalski works for a car delivery service, and takes delivery of a 1970 Dodge Challenger to drive from Colorado to San Francisco. Shortly after pickup, he takes a bet to get the car there in less than 15 hours.




