
Bone Tomahawk
2015
Western / Horror
2h12
Lucas Blandinières rated ★ 7/10
La couleur est annoncée dès la première scène : un homme qui galère à trancher la gorge d’un autre avec une lame mal aiguisée. Le ton est posé. Zahler est un des rares cinéastes que je trouve à la fois brillant et profondément dérangeant. Dans tous ses films, en particulier Dragged Across Concrete, on retrouve une forme de désintégration morale. Les personnages pensent mal, parlent mal, agissent mal, et le film ne les juge jamais explicitement, il les expose tels quels. Le racisme latent ou assumé de certains protagonistes met mal à l’aise, et ce malaise semble volontaire. Zahler installe un inconfort constant, presque expérimental. Dans Bone Tomahawk, à la croisée du western classique et de l’horreur gore, ce trouble est amplifié par la représentation d’une tribu cannibale, primitive, d’une violence extrême. C’est évidemment problématique, en plus d’être historiquement infondé, et on sent que Zahler aime placer le spectateur dans une position instable : ne pas savoir quoi ressentir, être pris entre fascination, rejet et sidération. Le rythme est atypique. On démarre dans une ambiance de western presque traditionnelle, avec ses dialogues posés et son tempo lent, avant de glisser progressivement vers l’horreur pure. Et quand elle surgit, elle est insoutenable. Zahler maîtrise parfaitement le contraste : il prend son temps pour mieux faire exploser l’horreur. Ce goût du choc, préparé lentement puis asséné sans détour, rappelle ce qu’il développera par la suite dans Dragged Across Concrete. Il y a aussi chez lui un côté décalé, presque absurde. La violence est parfois si soudaine, si extrême, qu’on ne sait plus s’il faut détourner les yeux ou rire nerveusement. Certains détails frôlent le grotesque, comme ces cannibales dotés d’un sifflet implanté dans la gorge pour produire un cri. On retrouve souvent dans ses films des atmosphères ancrées dans un réel brutal, une recherche d’un réalisme sidérant, mais en y incorporant une légère touche de surnaturel un peu décalée. Du côté des “civilisés”, le tableau n’est pas vraiment glorieux non plus. C’est cet aspect qui empêche de penser que le réalisateur pourrait porter un message conservateur ou tomber dans une certaine caricature des minorités ethniques. Le quatuor central est tout sauf héroïque au sens classique : un shérif fatigué, un adjoint grabataire et limité, un cow-boy estropié, et un dandy vaniteux et ouvertement raciste. Ils sont certes déterminés, mais aussi maladroits, presque pathétiques. Ils se font voler leurs chevaux, font des commentaires assez absurdes, tombent facilement dans des pièges. L’héroïsme est constamment fissuré. Ce qui est sûr, c’est que Zahler ne laisse pas indifférent. Il refuse le politiquement correct, refuse la catharsis confortable, refuse les repères moraux clairs. On peut trouver ça génial ou assez douteux, parfois les deux à la fois.
Synopsis
During a shootout in a saloon, Sheriff Hunt injures a suspicious stranger. The doctor's assistant, wife of the local foreman, tends to him in prison. That night, the town is attacked and they both disappear—only the arrow of a cannibal tribe is found. Hunt and a few of his men go in search of the prisoner and the foreman's wife.

