
Dahomey
2024
•
Documentaire
•
1h08
Avis de la communauté
Opinion du public
131 avis
6,8/10
4,1/5
Presse3,2/5
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Synopsis
Novembre 2021, vingt-six trésors royaux du Dahomey s’apprêtent à quitter Paris pour être rapatriés vers leur terre d’origine, devenue le Bénin. Avec plusieurs milliers d’autres, ces œuvres furent pillées lors de l’invasion des troupes coloniales françaises en 1892. Mais comment vivre le retour de ces ancêtres dans un pays qui a dû se construire et composer avec leur absence ? Tandis que l’âme des œuvres se libère, le débat fait rage parmi les étudiants de l’université d’Abomey Calavi.
Avis et Commentaires
33 avisJe me suis fait ch*er j'ai rien appris le seul truc que j'ai retenu c 26
Super intéressant. Début un peu trop long je me suis endormie mais réveillée au bon moment, moment du débat sur la question de l’éducation, de la place de l’art, du néo-colonialisme français qui s’exerce encore au Benin… Je recommande fortement
Trop envie de le voir pour le sujet et la bande annonce. Un poil déçue, je me suis un peu ennuyée, mais il y a quand même des très beaux moments et le sujet est important. Sur la forme, des prises de parties originales mais peut être un peu trop pleines de flottement, qui tranchent avec des moments de débat très concrets / ancrés
Mati Diop (2024) - Les 7 Parnassiens
Dahomey” de Mati Diop, un documentaire envoûtant sur les restitutions d’œuvres d’art au Bénin Autour des œuvres restituées au Bénin par la France, une réflexion profonde sur l’art et la colonisation. Elles ont la beauté émouvante de patients en réanimation, de créatures fragiles qui, peu à peu, reprennent vie. On leur prodigue des soins sophistiqués, contribuant à l’atmosphère surréelle qui les entoure. Elles sont, pour être exact, littéral, des œuvres d’art tout juste sorties de leurs vitrines au musée du Quai Branly. Mais, littéral, ce documentaire ne l’est jamais, qui transfigure les objets comme les gestes. En captant le départ de vingt-six joyaux du royaume disparu du Dahomey, pillés jadis, et choisis pour être restitués au Bénin, en novembre 2021, la cinéaste Mati Diop rappelle les superpouvoirs du regard. Comme dans son film précédent, Atlantique (2019), qui était une fiction, elle fait surgir le fantastique sans trahir la réalité. Il en va ainsi de cette voix intérieure, mi-humaine mi-robotique, parlant le béninois, que la réalisatrice prête à l’une des statues – représentant un roi guerrier – en partance pour l’Afrique. La narration sera portée par cette étrange âme sonore, sans genre ni certitude, à même d’interroger en tous sens le voyage entrepris. Car Dahomey n’est pas film de célébration ou d’approbation de l’événement de la restitution. Mati Diop y prend sans cesse de la hauteur, y gagne de la profondeur, par tous les moyens du cinéma : l’Ours d’or du dernier festival de Berlin est mérité. Une fois les œuvres revenues sur leur territoire, la réflexion s’incarne dans un fracassant débat entre des étudiants d’une université de Cotonou. Où il apparaît que ces quelques œuvres rendues sont une dérisoire goutte d’eau dans l’immensité de ce qui fut dérobé à la fin du XIXᵉ siècle. Les présidents Emmanuel Macron et Patrice Talon ont-ils surtout organisé une opération de communication ? L’origine vaudoue des objets pose, par ailleurs, la question de leur place, qui n’est peut-être pas le musée où on les a installés d’office. Comme le fait remarquer un jeune homme, le vaudou reste très présent au Bénin, débordant le catholicisme installé par les colons… La mise en perspective devient vertigineuse quand les intervenants constatent qu’ils débattent tous en français, et avec les armes théoriques, les doctrines, les savoirs importés par les pilleurs d’autrefois… En laissant finalement divaguer l’esprit de la statue dans les quartiers et les paysages de la ville côtière, Mati Diop évoque le sujet crucial de la rencontre entre les objets d’art revenus au pays et la population locale. Ce Bénin contemporain, filmé avec empathie et admiration, est aussi celui des difficultés économiques au quotidien. L’annonce de la restitution comme le contenu des musées pourraient y rester à jamais des données lointaines, abstraites, pour le plus grand nombre… Le film intègre cette hypothèse mais ne s’y arrête pas. C’est assurément l’une de ses beautés : en moins d’une heure dix, il donne l’impression de traverser les siècles, les océans et les civilisations. Il suggère un mouvement perpétuel de la pensée et des choses, qui, à la fois, nous dépasse et nous concerne. QUE MON RÈGNE ARRIVE Cinq ans après le Grand Prix à Cannes obtenu pour le superbe Atlantique, la Franco-Sénégalaise Mati Diop revient au documentaire avec Dahomey. Le titre du film fait référence à un royaume qui n’existe plus, un monde englouti quelque part au Bénin. Englouti, mais également dispersé avec ses œuvres d’art qui ont été pillées lors de la colonisation française il y a plus de 100 ans. Certaines de ces œuvres sont sur le point d’être rendues au Bénin, et c’est ce que la réalisatrice filme dans son nouveau long métrage. Le récit peut d’abord être très factuel : comment les ouvriers déplacent minutieusement des statues, comment celles-ci voyagent en avion, comment l’on constate leur état et décrit leur composition. Mais il y a très vite une incongruité, presque quelque chose de surnaturel à voir ces reliques anciennes en mouvement (on a un temps le sentiment que Mati Diop pourrait réaliser un remake de Wishmaster). Effectivement, les statues parlent dans Dahomey et, en tant que témoins d’un passé traumatique, elles ont quelque chose à dire et à transmettre. Leur texte a été écrit par l’auteur haïtien Makenzy Orcel, récent finaliste du Prix Goncourt pour Une somme humaine. Si c’est d’objets dont il est question, ceux-ci portent en eux une dimension spirituelle. Lors d’une parenthèse splendide, dans la nuit, Diop filme un drapeau qui flotte au vent, puis un rideau derrière une fenêtre ouverte, comme si des esprits revenus volaient sur la ville. Dahomey dépeint un fait historique ; le retour de ces œuvres est d’ailleurs accueilli dans les rues avec des célébrations enthousiastes comme pour l’arrivée d’un chef d’état ou de sportifs couronnés. Ce sont des statues mais ce sont bien plus. Un fait historique, oui, mais aussi un fait politique. Le retour n’est pas une fin en soi, il ouvre une conversation passionnante que Mati Diop filme dans une université. Comment a-t-on jusqu’ici enseigné l’Histoire du vainqueur et du vaincu ? Comment grandit-on en ignorant son propre héritage culturel ? Comment efface t-on une culture ? Les œuvres d’art sont-elles l’âme d’un peuple ? Puis, plus loin : ces œuvre sont rendues certes, mais il ne s’agit que de 26 œuvres sur des milliers pillées. Qu’est-ce que cela dit de l’aumone accordée par la France ? Quel rapport encore vivant aujourd’hui entre colon et colonisé ? De quel paternalisme raciste le Bénin est-il victime ? Présenté en compétition à la Berlinale, Dahomey ouvre ainsi de captivantes portes intellectuelles, mais aussi en termes d’imaginaires. La voix poétiques des statues parlent d’un chemin vers elles-mêmes. « Nous sommes des millions dans la nuit », ajoutent-elles. Dans cette lumière retrouvée, sur leur terre d’origine, hommes, femmes et dieux se retrouvent face à face. Revenues au Bénin, les œuvres sont comme auscultées par des spécialistes, puis admirées par les habitant.e.s. Et lorsque les statues parlent, c’est en fon, et pas en français. Comme dans Atlantique, Mati Diop mêle ambitieusement le politique et le poétique. Ses récits se projettent toujours plus loin que les faits apparents sous nos yeux. Et ainsi, dans Dahomey, ce n’est pas seulement le présent que le passé retrouve, mais aussi le futur. Pierre Murat : « Un film triste, mais une bonne surprise » Le critique à Télérama avait été très irrité par le précédent film de Mati Diop, mais celui-ci est plutôt une bonne surprise : « Mais, pour moi, c'est un film très triste. Ces objets d'art enfermés à Paris, rendus au pays, mais qui se retrouvent dans la même situation : dans le noir. Ces objets parlent, regrettent des choses, disent qu'ils sont malheureux, ou heureux de retrouver leur terre natale. Et à côté de ça, il y a des gens qui disent des choses très intéressantes. Bien sûr, pourquoi le président du pays a obtenu à ce moment-là la restitution des objets ? Pourquoi ces objets-là et pas un autre ? Pourquoi notre président en France a-t-il autorisé cette restitution ? … » Jean-Marc Lalanne : « Un grand film engagé porteur d’une énergie très positive » Pour le critique de cinéma et rédacteur en chef du magazine Les Inrocks, le film n’est pas pessimiste : « Au contraire, je trouve que c'est un film qui appelle au débat avec une volonté d'intervention portée par une énergie très combative. C’est un film à visée politique immédiate qui, dans le même temps, invente un dispositif formel d'une profondeur poétique inouïe avec cette idée de faire parler des statues. C'est vraiment un film fantastique. On est dans un cinéma d'imaginaire et de fiction très très puissant. Le choc thermique de la seconde partie provoque un choc de cinéma où on entre dans une esthétique beaucoup plus proche du reportage free jazz, avec des plans très fragmentés où la réalisatrice suit les flux de la parole qui circule. Oser faire un film avec deux parties aussi antagonistes et créer quelque chose d'aussi cohérent, d'aussi articulé politiquement et d'aussi maîtrisé plastiquement, est pour moi signe d’un très grand film porteur d'une énergie positive. » Ariane Allard : « Un film d’une force, d’une énergie, d’une vivacité… » La critique de cinéma à Causette est plus partagée : « J'ai eu l'impression de voir l'assemblage de deux courts métrages. Le premier qui oscille entre le documentaire et le fantastique. Je n’ai pas adhéré à cette voix même si j’ai compris qu’elle voulait faire parler les fantômes de l'histoire et désacraliser ce côté muséal. On voit les statues qui parlent de Paris… C'est très beau, mais je me suis un tout petit peu ennuyée. Puis on bascule dans cette deuxième partie extraordinaire. C’est une espèce d'agora, d'assemblée mixte de jeunes étudiants. Il y a une force, une énergie, une vivacité… Mati Diop filme beaucoup les jeunes femmes avec une parole déliée, articulée, éloquente qui pose des questions. Les problématiques posées sont au carrefour de plein de choses qui nous concernent sur la colonisation et la décolonisation. Moi, c'est la première fois que j'entends cette parole décoloniale être énoncée de ce côté-là, par des personnes qui ont vécu cet effacement de la mémoire culturelle. C'est admirablement filmé avec une vibration et des couleurs. » Florence Colombani : « Un film qui soulève des questions énormes » La journaliste et critique cinéma au Point a été frustrée. Elle aurait aimé en voir plus : « C'est un film très court qui soulève d'immenses questions : celle de la colonisation, mais aussi le statut de l’objet. Faut-il le mettre au musée ? Un étudiant interroge même la notion de musée comme concept occidental et se demande ce que ça veut dire pour eux, au Bénin, de créer un musée pour mettre ces objets qui appartenaient à des tribus qui s’en servaient dans un culte ? Ces questions immenses, le film les pose puis nous laisse un peu démunis. C'est assez beau, mais c'est frustrant. » DÉCHAÎNÉ par Corentin Lê Après le Grand Prix cannois remporté par Atlantique à en 2019, on pouvait s’attendre à ce que Mati Diop capitalise sur le succès de son premier long-métrage de fiction. Si Dahomey a lui aussi remporté un prix d’importance (l’Ours d’Or au dernier Festival de Berlin), le projet du film prend pourtant une voie en apparence contraire : à la fiction aux accents réalistes succède un documentaire empreint d’éléments fictionnels, tandis que les spectres des noyés rêvant d’Europe laissent cette fois-ci place à des esprits de retour sur le continent africain. Diop prend pour point de départ la restitution diplomatique par la France, en novembre 2021, de vingt-six trésors royaux volés à la fin du XIXe siècle au Royaume de Dahomey, devenu depuis le Bénin. Très vite, l’axe emprunté par le film dépasse cependant la logique d’une « restitution de restitution », et ce grâce à un parti pris singulier : l’ensemble du récit s’organise autour des pensées d’une âme royale, contenue dans une statue étiquetée « numéro 26 » – c’est sa voix, surréaliste et puissante, que l’on entend en off. Cette stratégie de personnification peut sembler saugrenue, voire antinomique avec un horizon documentaire, mais elle s’inscrit en vérité dans une perspective animiste qui consiste à rendre aux trésors, autrefois sacrés, l’âme qui leur a été subtilisée et niée lors de la colonisation. C’est d’ailleurs le propos que tient l’un des étudiants de l’Université d’Abomey-Calavi à la toute fin du film, à l’issue d’un long débat consacré au processus de restitution des pièces. Dès le prologue, qui montre les préparatifs dans le musée du Quai-Branly avant le voyage en avion, le film cherche à redonner une valeur aux trésors en épousant le point de vue des œuvres elles-mêmes. Diop montre les travées du musée, où les statues ont été enfermées pendant plus d’un siècle, au fil de visions inquiétantes – cf. cette salle plongée dans le néant, que l’on entrevoit à travers une porte vitrée. L’espace froid et glacé du Quai-Branly apparaît alors comme une geôle, avec ses caméras de surveillance et ses entrepôts s’apparentant à des cellules. C’est un purgatoire où, selon la voix-off, « la nuit est éternelle, le commencement et la fin ». Le cinéma de Diop est décidément empreint de fantastique : comme chez les peuples qu’elle s’attache à filmer, le réel et le surnaturel apparaissent comme deux faces d’une même pièce, et figurer un espace donné implique de se lover dans une faille (entre les vivants et les morts ou entre l’ici et l’ailleurs). « Tout est étrange » confie la statue après son retour au pays. Que ce soit à Paris ou à Abomey, dans les salles ou les jardins du Palais présidentiel de la Marinade, la caméra figure la subjectivité de l’esprit royal en adoptant des angles de vue incongrus : décadrages, prises de vue à ras du sol, œuvres filmées entourées de plusieurs vitres, etc. Stratifiés et composites, les plans se font souvent le miroir des statues chimériques restituées, mélangeant traits humains et animaux. Diop multiplie les surcadrages, les juxtapositions et les superpositions, notamment grâce aux vitres entourant les trésors du Bénin, sur lesquelles on aperçoit autant les statues que les reflets des visiteurs, des surveillants ou du décor. Dahomey figure de la sorte la coexistence de plusieurs univers dont l’entrechoc fait des étincelles : des matériaux primitifs sont exposés dans un écrin ultramoderne et le passé rejaillit à la surface du présent jusqu’à le bouleverser. LA FIÈVRE Suivant cette logique d’hétérogénéité, Mati Diop filme autant les œuvres d’arts que ce qui se trouve à leur marge (des ouvriers curieux qui traversent le bâtiment, des militaires faisant leur ronde, la végétation luxuriante des jardins, etc.). Si le colonialisme est une opération consistant à conquérir, dominer et centraliser, une forme filmique proprement « décoloniale » ressemblerait dès lors à ce que dessine Dahomey : une tentative de décentrer notre regard, en tournant le dos à une conception hiérarchique des éléments dans le cadre pour lui préférer une perspective transversale. C’est à ce principe que le film doit son bouillonnement : il embrasse sans cesse une multitude de détails et de micro-événements pour proposer une galerie d’images diverses et variées sans chercher à les classer. Bien qu’inégalement fécond, le dispositif ne suit dès lors pas de ligne droite, mais cherche à attraper un ensemble de motifs et de visages. Dans la dernière partie, consacrée à une discussion animée entre des étudiants de l’Université d’Abomey-Catalou à propos des implications historiques et sociopolitiques de la restitution pour le Bénin, Diop filme les échanges sans faire émerger de personnages principaux (aucun intervenant n’est nommé ou distingué par un sous-titre précisant sa qualification). Au gré d’un montage rapide et fragmentaire, le film s’adapte à la vivacité et la pluralité de leurs prises de parole, préférant l’énergie à la clarté, et la multitude à l’individuation. À cet endroit, l’ambition de Dahomey rejoint celle d’Atlantique, film enfiévré figurant une contamination collective. À la suite de la restitution des trésors royaux, l’entrelacement de mondes hétérogènes décrit plus haut produit une sorte d’embrasement diffus qui se répand dans l’espace. Une scène en particulier confirme cette piste : tandis que la statue « numéro 26 » explique pouvoir enfin humer l’air et sentir un doux parfum tropical après être arrivée au Bénin, Diop filme, depuis l’extérieur du musée, l’entrée de la pièce dans laquelle sont entreposés les trésors. Une brise nocturne semble alors s’en échapper en faisant onduler le rideau qui marque son seuil. À la façon d’un film fantastique, les plans suivants épousent le trajet de ce courant d’air dans les jardins présidentiels, comme si l’arrivée des statues au pays avait libéré une énergie destinée à gagner, après plus d’un siècle d’inactivité, le peuple de l’ancien royaume de Dahomey. Emprisonné en premier lieu dans les sous-sols froids du Quai-Branly, puis libéré dans la chaleur moite d’une nuit béninoise, le film lui-même suit un trajet analogue. Au départ contraint par la pesanteur des préparatifs de l’événement à Paris, le montage se marie finalement avec le tumulte électrisant des rues d’Abomey, jusqu’à faire résonner les débats étudiants dans l’espace public. Dahomey passe ainsi de l’institutionnel au populaire en s’achevant sur la voix plurielle d’une jeunesse qui interroge le bien fondé du dispositif muséal sur lequel il s’est ouvert. À rebours de cette construction occidentale qui divise l’espace et restreint la portée des œuvres, Diop aura su donner à son film une forme « déchaînée », afin d’exhumer la magie de trésors trop longtemps enfermés Titre Dahomey Genre Film documentaire Réalisateur Mati Diop Sortie 2024 Durée 1h08 Musique Wally Badarou Scénario Mati Diop Origine France - Sénégal Musique Wally Badarou Réalisateur Mati Diop Scénario Mati Diop SYNOPSIS Focus sur vingt-six trésors royaux du Dahomey, qui sont rapatriés de Paris vers leur terre d'origine, devenue le Bénin, au mois de novembre 2021. CASTING Mati Diop
Sur le retour de 26 œuvres d’art au Benin. Ce que cela induit chez les béninois . Les jeunes, notamment. Film sobre. Les bruits, les visages, la vitalité. Et le mystère des oruvres
