Suite spirituelle de Si tu tends l’oreille, Le Royaume des Chats prolonge d’une manière singulière l’univers du Baron, ce chat dandy sorti tout droit de l’imagination de Shizuku. J’aime à penser que ce film est en réalité le deuxième récit écrit par l’héroïne du film Si tu tends l’oreille : une œuvre de fiction née de sa plume, où elle donne libre cours à sa fantaisie.
Le parallèle est évident : Haru, l’adolescente maladroite au grand cœur, semble être un reflet de Shizuku. Même tempérament curieux, même difficulté à trouver sa place, même besoin de s’affirmer. Et la ville où tout commence — ses ruelles, ses toits, son atmosphère familière — rappelle étrangement celle de Tama, comme si le réel de Si tu tends l’oreilles était doucement transformé en rêve.
Certes, Le Royaume des Chats n’a pas la profondeur ni la maîtrise des grandes œuvres du studio Ghibli. Ce n’est pas du Miyazaki, ni du Takahata. On le sent l’animation parfois un peu raide, que la mise en scène est plus simple, et que le ton est clairement plus enfantin. Le film est court, léger, presque anecdotique — une parenthèse féline d’à peine une heure.
Et pourtant, impossible de ne pas se laisser emporter. Ce voyage au pays des chats, absurde et coloré, a des allures d’Alice au pays des merveilles revisité : un chat blanc remplace le lapin, un roi complètement déjanté prend la place de la Reine Rouge. L’ensemble est léger, rythmé, souvent drôle — porté par un sens du comique et du merveilleux typiquement japonais.
Ce qui fait le charme du film, ce ne sont pas ses enjeux, mais ses personnages. Haru, le Baron, Muta, le Roi des Chats : tous possèdent cette vitalité, cette excentricité tendre qui donne envie d’y croire. On ressort du film avec le sourire, sans bouleversement, mais avec la sensation d’avoir passé une heure dans un rêve bienveillant.
Il n’y a pas d’ambition grandiose ici, seulement l’envie de faire rêver — et parfois, c’est suffisant.
Le Royaume des Chats n’a pas la profondeur de ses illustres aînés, mais il en partage l’esprit : celui d’une fantaisie sincère, d’une poésie légère, d’un amour du détail et du merveilleux. Et si l’on choisit de le voir comme une œuvre imaginée par Shizuku elle-même, alors il devient plus qu’un “petit Ghibli” : il devient le prolongement naturel de son histoire, la preuve que son rêve d’écrire, lui, ne s’est jamais éteint.
Au final, on se dit que les chats, ce sont vraiment des branleurs.