Quand vient la nuit est exactement le genre de polar que j’aime : un film resserré, presque claustrophobe, où le froid ne vient pas seulement de l’hiver mais des personnages eux-mêmes. Tout se joue dans quelques décors étroits — un bar lugubre, des rues sans charme — et c’est cette restriction d’espace qui donne toute sa force à l’ambiance. Rien n’est accueillant, personne ne parle trop, et la seule manière de faire vivre un tel récit, c’est de s’appuyer sur les acteurs. Ici, ça fonctionne parfaitement.
Le duo Hardy / Gandolfini est remarquable : deux hommes qui se supportent plus qu’ils ne s’apprécient, liés par un mélange de méfiance et de nécessité. Leur dynamique dit beaucoup de leur monde : on ne choisit pas ses alliances, on les endure. Tom Hardy, surtout, compose une trajectoire passionnante. D’abord effacé, presque docile, il révèle peu à peu une dureté, une violence contenue, un sang-froid qui font basculer le film dans quelque chose de plus inquiétant. Sa relation avec Nadia ajoute une touche de douceur inattendue : une timidité maladroite, presque fragile, qui contraste fortement avec ce qu’on découvre ensuite de lui.
L’intrigue en elle-même n’a rien de révolutionnaire — la mafia russe, les dettes, les menaces — mais ce n’est pas là que réside l’intérêt du film. Le scénario sert surtout de toile de fond à cette atmosphère de bar miteux, à ces existences ternes et à ces tensions qui s’expriment plus dans les silences que dans l’action. Et c’est précisément ce qui rend le film si solide : une simplicité assumée, qui laisse les acteurs et l’ambiance parler d’eux-mêmes.
Un polar glacial, parfaitement interprété, qui privilégie l’atmosphère et les nuances de caractère plutôt que les effets de style. Sobre, tendu, et très réussi.