Bien mais un peu didactique dans le propos.
Télérama
Antoine, bel adolescent mutique et solitaire de La Ciotat, cultive sa misanthropie en nageant seul dans l’eau bleu marine et contemple ses muscles dans la glace entre deux jeux vidéo guerriers. Il a accepté de suivre un atelier où quelques jeunes en insertion doivent écrire un roman noir avec l’aide d’Olivia, une autrice parisienne reconnue.
Depuis ses premiers films, Laurent Cantet se passionne pour les classes sociales dans lesquelles les individus sont enfermés. La classe, de collège cette fois, était le sujet même d’, Palme d’or en 2008. Avec L’Atelier, le cinéaste révèle, dans le sud de la France, d’autres jeunes, plus vrais que nature, et tous épatants. Mais c’est bien sur Antoine que le réalisateur resserre son objectif, comme Olivia, l’intellectuelle, braque son regard sur lui : leur duo, leur duel devient l’enjeu du film. À la fois préoccupée et fascinée par le jeune homme qui aime les armes et adhère aux discours nationalistes, elle tente même de s’en inspirer pour un prochain livre. Plus elle essaie de l’amadouer, plus Antoine se referme.
Et L’Atelier tourne, ainsi, au film noir : la mise en scène réaliste devient baroque. Sous la lune, la mer et les rochers prennent une superbe dimension poétique. Jusqu’à ce discours final d’Antoine, bouleversant, sur l’acte gratuit, qui évoque fortement L’Étranger, de Camus. C’est ce que ce grand film politique réussit à saisir : les motivations troubles d’une jeunesse qui a « le soleil dans les yeux » et qui, par ennui, par dégoût, pourrait tuer… Une jeunesse qu’il va falloir écouter, sans la juger, à la manière de Laurent Cantet.