Oui c'est beau, le tableau des Philippines qui nous est donné à voir est terrible, le grain de la photo en 16 mm noir poudré est superbe ... mais certaines scènes s'étirent démesurément : les danses solitaires du vieux policier Supremo Macabanty (interprété par Ronnie Lazaro), sans parler de ses implorations à Dieu sont réellement éprouvantes, ce qui est sans doute le but recherché. Heureusement, John Lloyd Cruz endosse avec subtilité le rôle du deuxième policier, qui fut jadis l'élève du premier. Dans le film, il s'appelle Hermes Paupauran. Mais c'est un Hermès raté, qui n'a pas réussi sa mission de messager et d'intermédiaire, du fait de la corruption généralisée aux Philippines (image de l'humanité ?) : elle a d'abord touché son maître pour l'atteindre à son tour, y compris physiquement, ce dont témoigne sa peau ravagée par le psoriasis. La sœur d'Hermès, brillamment interprétée par Monica Calle, est la seule à apporter un peu de lumière dans ce drame très noir, qui joue avec les codes du polar mais aussi avec ceux du western : le duel final sur le port, entre les deux policiers ennemis, superbe par son décor et son éclairage, comporte une part de grotesque, comme si l'on se trouvait dans un Sergio Leone sans humour. La dimension métaphorique et esthétisante écrase alors un peu le film, dont les meilleurs moments restent peut-être ceux qui montrent les personnages confrontés aux éléments naturels, quand la sœur s'occupe de ses maigres plantations, quand les vagues viennent et se retirent, et que le sable vient envahir la maison familiale, ouverte à la mer et aux quatre vents.
FG