Le proces de bobigny đŁ
Thomas le vaillant rated 7/10
âą 5 Ă 7 Ă 43 mn. La scĂšne est ubuesque. « Câest quoi un spĂ©culum ? Ăa se prend par la bouche ? » demande le juge, visiblement peu au fait des pratiques gynĂ©cologiques. « Mais non, absolument pas monsieur le prĂ©sident. Un spĂ©culum, câest pour la sonde », rĂ©pond timidement Micheline Bambuck, qui comparaĂźt ce 8 novembre 1972 pour avoir pratiquĂ© un avortement sur Marie-Claire Chevalier, 16 ans. Il sâagit pourtant dâun moment historique : ce jour-lĂ , devant le tribunal de Bobigny, lâavocate et militante fĂ©ministe GisĂšle Halimi a dĂ©cidĂ© de faire le procĂšs dâune loi. Celle qui, depuis 1920, interdit aux femmes dâavorter. La reconstitution que propose aujourdâhui France Culture de ces dĂ©bats, adaptĂ©e de la stĂ©notypie des minutes de lâaudience, leur redonne vie avec souffle et justesse. Ă la barre, outre les prĂ©venues â dont la mĂšre de la jeune femme, MichĂšle Chevalier, qui Ă©lĂšve seule trois enfants â, dĂ©file une galerie prestigieuse de tĂ©moins de moralité : la prĂ©sidente du planning familial Simone Iff, le dĂ©putĂ© Michel Rocard, lâĂ©crivaine Simone de Beauvoir, lâactrice Delphine Seyrig⊠Tous viennent dire lâinanitĂ© dâune loi en dĂ©calage avec son Ă©poque et lâinjustice sociale dâun texte qui, dans les faits, ne sâapplique quâaux plus dĂ©munies. Car tandis que les « Françaises riches » trouvent les moyens dâavorter dans de bonnes conditions, rappelle Paul Milliez, professeur de mĂ©decine et catholique pratiquant, lui ne peut se rĂ©soudre Ă voir « mourir des dizaines de femmes aprĂšs des avortements clandestins ». Au-delĂ de lâaffaire, la rĂ©alisation de CĂ©dric Aussir sâimprĂšgne aussi dâune Ă©poque : Ă©cho des manifestantes devant le tribunal, bourdonnement mĂ©diatique de lâORTF tandis que les « 343 salopes » sâaffichent en une du Nouvel Observateur et, dans la salle dâaudience, un public qui applaudit chaque coup dâĂ©clat, acquis Ă la cause de GisĂšle Halimi. PiĂšce maĂźtresse de ce procĂšs, qui a jouĂ© un rĂŽle essentiel dans la lĂ©galisation de lâIVG en 1975, la plaidoirie de cette derniĂšre ne manque pas de provoquer un petit frisson dâĂ©motion. Alors que ce droit vient dâĂȘtre inscrit dans la Constitution, ces mots qui rĂ©sonnent aujourdâhui pour la postĂ©ritĂ© sont une belle façon de rendre hommage Ă toutes les « Mme Chevalier ». TĂLĂRAMA âą Par Sophie GINDENSPEGER âą PubliĂ© le 11 avril 2024.