
Lambert contre Lambert : au nom de Vincent
2023
•
Vincent Trisolini
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Disney+
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Summary
Le combat acharné de deux femmes et de deux clans au sein d’une famille, qui finira par s’inviter dans les plus hautes instances de l’État français et divisera le pays. Une histoire aux nombreuses répercussions dans la société française. Les pouvoirs publics ont d’ailleurs récemment lancé un vaste débat national en vue d’une loi qui pourrait susciter une nouvelle conception de la fin de vie.
Avis et Commentaires
2 avisSérie documentaire • d’Élodie Buzuel, coréalisée avec Vincent Trisolini • 4 × 40 mn • C‘était un jeune homme de 32 ans qui traînait des fêlures secrètes. Il y puisait sans doute son goût du risque et de la fête sans limite. « Il pensait qu’il allait partir jeune », confie Rachel, son épouse… On ne souvient pas d’avoir entendu parler ainsi de Vincent Lambert, qu’un accident de la route survenu en 2008 allait plonger dans un état de conscience minimal, selon le terme médical. On se souvient, en revanche, de « l’affaire », qui l’a placé au cœur d’une interminable bataille familiale et judiciaire et fait de lui, jusqu’à l’indécence, un symbole dans le débat sur l’euthanasie. La série documentaire que Disney+ lui consacre a ce premier mérite : montrer le jeune infirmier, qui venait d’être père, dans sa vie d’avant ; éclairer sa personnalité rebelle, tout comme sa « place compliquée dans une famille compliquée ». En quatre épisodes de quarante minutes, Lambert contre Lambert : au nom de Vincent retrace les onze années écoulées entre l’accident et le décès de Vincent Lambert, le 11 juillet 2019, au CHU de Reims, consécutif à l’arrêt de la nutrition et de l’hydratation artificielles qui le maintenaient en vie. Prévue initialement pour la rentrée, la mise en ligne de la série documentaire, signée par Élodie Buzuel et coréalisée avec Vincent Trisolini, a été avancée pour coller à l’actualité, alors qu’un projet de loi sur la fin de vie est attendu dans les prochains mois. L’affaire, comme le rappelle le deuxième épisode, a véritablement débuté en 2013. Alors que tout a été mis en œuvre pour évaluer les chances de réveil de Vincent Lambert, le diagnostic se fige. Le jeune homme est dans un état végétatif chronique irréversible. L’équipe médicale, en concertation avec son épouse, Rachel Lambert, décide d’arrêter les traitements. Ses parents n’en sont pas informés. Lorsqu’ils l’apprennent, ils lancent un recours judiciaire, obtiennent l’annulation de cette décision par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne. Dès lors, les deux « camps » ne cesseront de s’affronter par procédures et médias interposés. D’un côté, les parents, animés par de profondes convictions religieuses – et soutenus par plusieurs représentants du mouvement catholique traditionaliste – veulent maintenir leur fils en vie, à tout prix, de l’autre, sa femme, son neveu, la majorité de ses frères et sœurs assurent que Vincent n’aurait pas voulu vivre dans ces conditions, et demandent l’arrêt des traitements. Aberrations et paradoxes Sans commentaire, et simplement ponctuée de balises chronologiques, la série met en regard les récits émanant des deux camps, famille et avocats, mais aussi la parole des médecins, des journalistes, de responsables politiques… Les points de vue se répondent, ravivent les douleurs et les rancœurs, donnent parfois l’impression de rejouer sans distance le conflit : Viviane Lambert, la mère (décédée en décembre 2022), contre Rachel Lambert, l’épouse, dont la parole lucide et mesurée force le respect. Tandis que les avocats des parents continuent, inlassablement, de fanfaronner (aucun regret sur le déplorable épisode de « la remontada »)… Efficace et didactique, la série parvient ainsi à soulever les multiples aberrations et paradoxes d’une triste histoire prise en tenaille entre l’intime et le collectif, mais s’enferme, aussi, dans le tourbillon émotionnel, médiatique et judiciaire qu’elle entend retracer. Si elle montre combien l’affaire Lambert a mis la médecine, la justice, la loi face à leurs limites respectives, elle peine à approfondir l’analyse. Ne reste qu’à saisir au vol les quelques interventions de l’ancien député Jean Leonetti, coauteur de la loi actuelle sur la fin de vie, ou encore du docteur Éric Kariger, ancien médecin de Vincent Lambert : « Ce qui est clair, c’est une leçon universelle : à un moment, on nous a fait penser que la médecine était toute-puissante, qu’on était des dieux, qu’on pouvait sauver toutes les vies, et surtout que la mort était un échec médical. » On aurait aimé que ces quatre épisodes menés tambour battant ouvrent plus largement un espace de réflexion, qu’ils s’affranchissent aussi des codes, très calibrés, des séries documentaires conçues pour les plateformes et largement empruntés à la fiction : montage nerveux, nappe de musique omniprésente, scènes illustratives embarrassantes… Lambert contre Lambert est le premier documentaire qui revient sur la globalité de ce tragique feuilleton : affronter tant de douleurs et d’incertitudes, contourner l’écueil de l’émotion facile, cela n’était pas un mince défi. Il n’est que partiellement relevé. TÉLÉRAMA • Par Isabelle Poitte • Publié le 10 mai 2023.