Le retour au pays de deux soldats israéliens, Uri et Nimrod, prisonniers de guerre au Liban pendant dix-sept ans. Une série captivante et subtile ancrée dans la réalité israélienne.
Auscultés, interrogés sans relâche, durant plusieurs jours, par un officier des services secrets qui les espionne jusque dans leur sommeil, les ex-captifs ne lâchent que peu de chose quant à leur détention. Dès lors, le doute s'immisce, puis reflue pour mieux revenir par petites touches au fil d'une narration qui suit leur difficile et douloureuse réinsertion.
Sans repères face à une société qui a passablement évolué, en proie à l'angoisse et à la panique au moindre bruit ou à la moindre bousculade qui les replongent dans l'horreur de leur détention, Nimrod et Uri doivent surmonter leur traumatisme. Mais aussi affronter une notoriété encombrante qui, au mieux les embarrasse, au pire les culpabilise, lorsque les proches de victimes d'attentats leur rappellent le prix "exorbitant" de leur libération, l'échange de nombreux prisonniers arabes. Surtout, les deux anciens soldats doivent retrouver une place au sein de cellules familiales que l'attente a remodelées, voire recomposées.
PEURS, DOUTES ET NON-DIT
Alors qu'Uri doit reconsidérer sa vie sans Nurit (Mili Avital), mariée à son frère, Nimrod doit lui faire face à deux adolescents que son retour perturbe ; et à Talia (Yaël Abecassis), son "héroïne" de femme, aussi démunie devant un homme devenu un étranger que désœuvrée après s'être mobilisée pour sa libération, au risque de s'y être enfermée.
Loin de s'attacher aux seuls prisonniers – et c'est ce qui fait la force singulière d'"Hatufim" –, Gideon Raff explore, avec finesse et une grande justesse de ton, les peurs, les doutes, les non-dit et les interrogations d'hommes et de femmes ordinaires qui, au bord d'une béance, s'emploient à reprendre, vaille que vaille, le cours de leur vie.
D'un point de vue l'autre, ainsi se déploie la dramaturgie de cette remarquable série chorale et, avec elle, un large faisceau d'émotions rendues par un jeu d'acteurs impeccable : Yoram Toledano (Nimrod) et d'Ishai Golan (Urit), aussi touchants que troublants dans leur mal-être et leurs errements ; Yaël Abecassis (Talia), poignante dans ses ambiguïtés, ou Adi Ezroni (Yael), bouleversante de fragilité.
Une dramaturgie dans laquelle le suspense n'est cependant pas absent. La surveillance étroite des deux soldats par les services secrets étant là pour rappeler que nombre d'interrogations demeurent autour de leur détention au Liban et de la mort de leur frère d'armes. Ce qui augure d'une deuxième saison, sinon moins intimiste, tout au moins aussi intense.