
robinson Crusoé
Franck J Petit a noté 10/10
Une mise en scène audacieuse de Laurent Pelly avec Minkovski à la baguette. Julie Fox aphone y es doublé mais livre un puissant jeu d'actrice. La mise en scène de Robinson Crusoé au TCE en décembre 2025 s’analyse comme un Offenbach très typé « Pelly » : lecture moderne, drôle et tendre, qui actualise les enjeux sans trahir l’esprit de l’opéra-comique. Laurent Pelly et Agathe Mélinand simplifient et resserrent les dialogues parlés pour garder le rythme et l’efficacité comique, ce qui évite le côté daté de certains ressorts du livret de 1867. La mise en scène prend clairement ses distances avec l’exotisme colonial du XIXᵉ siècle et la figure du « sauvage », en reformulant ces éléments dans un langage scénique d’aujourd’hui, ce qui permet de rire sans cautionner les stéréotypes d’origine. L’acte I se déroule dans une maison bourgeoise « sans murs » montée sur tournette, que Pelly montre successivement sous toutes ses faces : ce dispositif matérialise le cocon familial que Robinson veut fuir et donne une grande fluidité à la comédie de situation. Aux actes II et III, l’« île » est traitée comme un univers industriel et consumériste (usine alimentaire, enseigne géante EAT dont la lettre T devient totem de sacrifice), ce qui remplace le cliché de l’île sauvage par une critique amusée de notre propre société. La direction d’acteurs reste très dessinée : gags visuels, chorégraphies insérées « à bon escient », sans mécaniser tout le jeu, permettent de conserver l’énergie d’Offenbach tout en laissant exister les personnages. Robinson apparaît comme un « enfant prodigue » un peu à part, rêvant d’ailleurs plus que véritable aventurier, tandis que les personnages féminins (notamment Edwige) sont très présents, ce qui recentre l’intrigue sur le désir, le retour et le fantasme plutôt que sur l’exploration.