Repere sauvage
Thomas le vaillant plans to do
• L’adresse Repère sauvage, lieu-dit Le Fort Girard, La Ville-aux-Clercs (Loir-et-Cher) • Y aller Le domaine se trouve à 19 kilomètres de la gare TGV de Vendôme-Villiers-sur-Loir et à 160 kilomètres de Paris • Y séjourner A partir de 170 € la nuit en chambre de 2 personnes dans le manoir. A partir de 220 € en lodge duo (2 personnes) et 275 € en lodge tribu (5 personnes). Journée au club enfant à 30 €, goûter inclus. Menus (entrée-plat-dessert) au restaurant Le Manoir de la Forêt à partir de 25 € le midi, 45 € à la carte. ▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️▪️ Un lointain souvenir. C’est tout ce qu’il reste aujourd’hui de « l’état d’abandon » dans lequel Capucine Châtelier et Caroline Costagliola Condy découvrirent, un jour pluvieux de janvier 2021, cet ancien relais de chasse dressé dans une forêt du Loir-et-Cher, dans le sud du Perche. Malgré les papiers peints décollés et les vitres brisées, les deux amies tombent sous le charme de la bâtisse de brique et des 42 hectares de nature qui l’entourent. Bâti au XIXe siècle par un duc, puis devenu un centre de formation pour ébénistes, le lieu accueillait depuis les années 1960 un hôtel-restaurant « très apprécié dans la région, où l’on fêtait les mariages et les baptêmes, mais qui a ensuite périclité. Quand nous l’avons visité, il était fermé depuis deux ans et régulièrement squatté », se souviennent les trentenaires. Les deux entrepreneuses ne connaissent alors « pas du tout la région » de champs vallonnés et de bocages qu’est le Perche vendômois, entre Chartres et Tours. Elles quittent Paris pour s’y installer avec enfants et conjoints. De la rénovation complète des bâtiments à l’entretien de la forêt en passant par la création d’une zone humide pour remettre en route la biodiversité, les travaux durent plus de deux ans. Jusqu’à l’ouverture, ce 23 mai. Des oiseaux pour la bande-son Dans ce domaine nommé Repère sauvage, qui se révèle au bout d’un chemin forestier en pente douce, il y a deux manières de passer la nuit, ou plutôt deux ambiances. Le côté manoir, qui dispose de 16 chambres à l’atmosphère colorée signées par l’architecte d’intérieur Gwenaëlle Girard, où des tabourets édités par Moustache côtoient des secrétaires chinés, et le côté nature, avec ses 20 maisonnettes (de 20 ou 40 mètres carrés) aux murs de bois noir ou rouge, discrètement dispersées sous les arbres, auxquelles on accède à pied par un réseau de sentiers. Leur ligne sobre, à l’ossature en bois et aux murs isolés de paille, est percée de longues ouvertures horizontales. A l’intérieur, des appliques Hay voisinent avec des chauffeuses vertes ou prune et des lits menuisés par des artisans de la région. « L’idée est d’évoquer, par les jeux de couleurs et le mobilier contemporain, l’esprit douillet d’une vraie petite maison, plutôt que d’une cabane », commente Caroline Costagliola Condy. Et toujours, par-delà les baies vitrées des lodges ou les fenêtres en croisillon du manoir, la forêt en reine du décor. Frênes, érables champêtres, hêtres, charmes, noisetiers… De quoi prendre une leçon de botanique grandeur nature tout en écoutant le chant des oiseaux : étourneaux sansonnets, piverts, rossignols et fauvettes signent la bande-son. Un club pour les enfants Mais où sont les enfants ? La question, rituelle pour ceux qui en ont, est presque superflue. Ils sont au club pensé rien que pour eux : une vaste salle accolée à la réception (qui fait aussi épicerie avec fromages, pâtes, fruits et légumes des fermes voisines), où court une fresque florale de l’artiste Agathe Berjaut. Encadrés par des animateurs, ils peuvent y passer la journée, entre initiation à la peinture végétale et chasses au trésor. Ou bien ils sont sous les arbres, à portée de regard des parents qui lisent, prennent l’apéro ou prolongent le déjeuner au restaurant piloté par le chef originaire de la région Arnaud Domette, passé par des tables étoilées. Une longue tyrolienne décolle d’une cabane posée au creux d’un chêne. Une ligne de funambule tendue entre deux troncs met les grands au défi. Les plus jeunes préparent des soupes d’herbes et de renoncules dans les cuisinettes en plein air ou partent nourrir au biberon Georges, l’agneau qui cohabite, dans un pré, avec deux ânes, une truie, une poignée de poules et de chèvres. Tous les âges se rassemblent autour de la piscine de 22 mètres, bordée d’œillets sauvages. Elle accueille aussi des soirées festives autour du food-truck ramené par le chef de Bretagne, son précédent port d’attache. Les travaux enfin achevés et l’adresse fraîchement ouverte, Caroline Costagliola Condy et Capucine Châtelier fourmillent déjà de nouveaux projets : amarrer des barques à l’étang du domaine, monter un cinéma en plein air, inviter les écoliers du village… Ou faire venir des producteurs et créateurs locaux pour des marchés éphémères, en plein air ou à l’abri d’un chapiteau, qu’elles rêvent aussi d’installer. Liées depuis leur rencontre, adolescentes, dans un hall d’aéroport, elles cherchaient une terre d’accueil pour un projet qu’elles ont mûri ensemble : un bel hôtel à la campagne, pensé pour les petits comme pour les grands. « Un lieu joyeux, en lien avec son territoire, où les enfants peuvent se déployer sans empiéter sur l’espace de détente des adultes, où l’on puisse venir en famille, en amoureux ou entre amis », résume Capucine Châtelier. Elle vient du monde de l’événementiel et Caroline Costagliola Condy de l’hôtellerie – elle a notamment géré pendant dix ans le Taylor, un trois-étoiles parisien. LE MONDE • Léa OUTIER • Le 22 mai 2025.