Avis du club:
À propos d’Avril brisé, de Kadaré: la discussion fut riche et les points de désaccord nombreux, offrant une belle soirée. Les lignes de fractures se dessinaient autour du traitement du Kanun dans le livre, de l’introduction du couple en voyage dans le récit, et enfin de la description de la société traditionnelle albanaise.
Sur le traitement du Kanun: certains ont jugé les passages descriptifs du droit coutumier trop longs, par moments désincarnés. Pour d’autres au contraire, cela offre une plongée fascinante dans un monde ancien, soulevant des questions telles que : “ce droit venu de pratiques médiévales a t il néanmoins quelques mérites en matière de contrôle social de la violence?” ou encore “comment sortir collectivement de ce cycle infini de vengeances”.
Sur l’introduction du couple dans le récit: il s’agit très certainement d’une façon de représenter les lecteurs et un œil extérieur sur la société montagnarde, doublé d’une parodie de l’attitude du monde moderne et urbain quant à la vie traditionnelle. Devant les nombreux défauts de l’écrivain, les montagnards paraissent presque plus sympathiques aux lecteurs. La dynamique du couple apparaît à d’autres très incertaine, sans doute fausse, et on vient à douter de la nécessité d’injecter ces personnages dans le récit. Celui-ci n’eût il été meilleur en s’en tenant a l’histoire de Gjorg et ses tourments? Cependant ce double récit offre un éclairage neuf et plus contemporain au livre, enchâssant notre regard dans le regard des citadins, alors que sans doute d’autres récits autour du Kanun strictement existent déjà dans la littérature albanaise.
Enfin sur la société traditionnelle: l’intention de l’auteur a prêté à controverse: voulait il nous présenter une société qui parvenait à fonctionner malgré un droit coutumier très rigide? Voulait il au contraire critiquer un pays qui souffre du poids des traditions où l’on prend et donne le sang? De nombreux passages sont brillants d’un point de vue littéraire - les uns et les autres ont gardé en tête les scènes d’attente par Gjorg de sa victime, ou son arrivée incertaine au château pour payer l’impôt, ou encore le personnage très répulsif de l’intendant. Au-delà du style, la question de l’intention a interpelé plus d’un lecteur. Mais n’est ce pas aussi l’apanage d’un conteur hors pair que de nous laisser interdit, sans morale à cette histoire?
Mon avis:
Merci pour le compte rendu du livre et désolé de ne pas avoir été là pour participer au débat. Je suis assez d'accord sur les points négatifs que vous soulevez. Le gros problème pour moi c'est le problème d'intention et de sens de cette histoire décousue entre différents personnages auxquels je ne me suis pas trop attaché. Je suis d'accord pour dire qu'il ne faut pas toujours une morale à une histoire mais quand le sujet de l'histoire c'est justement les normes sociales et les lois ça me rend un peu perplexe d'autant qu'il n'y a pas vraiment de personnages auxquels j'ai pu me raccrocher.