Je mets pas 10 à cause de la fin que je trouve bien mais un peu bâclé. En vrai il aurait pu durer 100 pages de plus pour faire vraiment un truc cool. Pas forcément changer le plot mais détailler mieux. Parce qu’au final tout ce qui se passe sur 400 pages on se demande à quoi ça sert à la fin et quel est l’impact de tout ça.
Par contre tout le reste du livre est fou. J’ai eu un peu de mal des 20 premières pages je penses qu’il fallait que je me mette dedans mais après je l’ai bouffé. Chaque chapitre était palpitant, avec assez de suspense pour me faire retenir ma respiration toutes les deux pages, mais sans non plus me faire me chier dessus, un dosage équilibré et parfait.
Chaque personnage est une énorme pépite, mais vraiment iels sont touste super développé et il se dégage une douceur dans la famille Volny, douceur qui a réussi à naître et à se developper dans un contexte de brutalité, de silence, d’incapacité et de colère. En vrai y’a une espèce de guérison transgenerationelle par l’acceptation de l’autre et le respect de la différence. Et Mabel n’y est pas pour rien là dedans. Elle fait pas grand chose mais elle a une place centrale, c’est quasiment une déesse au centre du Forum Romanum, elle a juste besoin d’être elle même, de ne se vêtir d’autant mensonge et le monde gravite autour d’elle. Elle apporte paix et espérance.
Et la relation de Martin (le père) et le marin purée ils sont trop touchant.
Et Elie le grand père purée je l’aime tellement.
Bref trop bien j’ai adoré ce bouquin.
“Élie ne perdit aucun des gestes de sa fille, y décelant une dimension poétique qu'il n'avait jamais remarquée auparavant, jamais envisagée, comme si, pour la première fois, ils ne lui coûtaient rien.
La plupart des gens ne savent pas dire le monde, pourquoi ils en font partie, les incompréhensions qui les attristent, alors ils tentent de ramener le monde à eux, de le façonner à leur main, et ils ne savent même pas que c'est le monde qu'ils tiennent, que ça en fait toute la beauté. Que la beauté, c'est précisément ne pas savoir qu'on tient le monde entre ses mains. Élie en savait quelque chose, il l'avait travaillé, ce monde, mais il n'en avait rien su avant qu'il s'évanouisse en partie, d'abord avec sa jambe, et puis avec sa femme.
Après ces drames consécutifs, il avait cultivé la colère et la haine envers lui-même, en se taisant. La famille entière avait toujours tenu en équilibre précaire sur le silence de chacun, des silences semblables à des mensonges par omission. Seule Mabel avait eu le courage et la force de se rebeller contre ce silence de mort.
En observant sa fille, Élie comprenait que sans poésie le monde n'est que contraintes; qu'avec, il se déploie en un univers sans limites. S'il avait possédé les mots pour traduire la fluidité de sa pensée, il lui aurait expliqué ce qu'il ressentait alors. Mais sa pensée voyageait encore trop vite, et elle était nouvelle et sans amarres. Que pensait cette femme, au fond d'elle? Élie résista à l'envie de lui demander, pour ne pas la forcer à mentir. Parce que les gestes de Martha, eux, ne pouvaient pas mentir, parce qu'elle n'avait pas conscience que cette longue suite de mouvements qui fabriquaient un seul geste était la révélation de son âme mis à nue. Ce qui n’aurait pu être qu’une suite désespérante de mouvement hérité, se révéla dans toute son inconscient, perfection. Il suffisait de l’observer pour s’en convaincre. Et jusqu’à là, Élie ne l’avait jamais observé. Il était temps qu’il comble lui aussi un peu ce silence. »