Seulement Caligula.
Top. Intéressant à la fois pour la folie d’un homme et pour sa quête de surpassement, de l’impossible.
« Caligula – […] Les choses, telles qu’elles sont, ne me semblent pas satisfaisantes.
Hélicon – C’est une opinion assez répandue.
Caligula – Il est vrai. Mais je ne le savais pas auparavant. Maintenant, je sais. Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose de dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde. » p.48
« Hélicon – A quoi puis-je donc t’aider ?
Caligula – A l’impossible.
Hélicon – Je ferai pour le mieux. » p.50
« Scipion – […] Il répétait souvent que faire souffrir était la seule façon de se tromper. […] » p.53
« Caligula – Si le Trésor a de l’importance, alors la vie humaine n’en a pas. Cela est clair. Tous ceux qui pensent comme toi doivent admettre ce raisonnement et compter leur vie pour rien puisqu’ils tiennent l’argent pour tout. Au demeurant, moi, j’ai décidé d’être logique et puisque j’ai le pouvoir, vous allez voir ce que la logique va vous coûter […]. » p.57
« Caligula – Justement ! il s’agit de ce qui n’est pas possible, ou plutôt il s’agit de rendre possible ce qui ne l’est pas.
Scipion – Mais c’est un jeu qui n’a pas de limites. C’est la récréation d’un fou.
Caligula – Non, Scipion, c’est la vertu d’un empereur. Je viens de comprendre enfin l’inutilité du pouvoir. Il donne ses chances à l’impossible. Aujourd’hui, et pour tout le temps qui va venir, la liberté n’a plus de frontières.
Caesonia – Je ne sais pas s’il faut s’en réjouir, Caïus.
Caligula – Je ne le sais pas non plus. Mais je suppose qu’il faut en vivre. » pp.58-59
« Caligula – Ne plaide pas, la cause est entendue. Ce monde est sans importance et qui le reconnaît conquiert sa liberté. Et justement, je vous hais parce que vous n’êtes pas libres. » p.60
« Caligula – Les hommes pleurent parce que les choses ne sont pas ce qu’elles devraient être. » p.61
« Caesonia – […] Fais servir alors ton pouvoir à mieux aimer ce qui peut l’être encore. Ce qui est possible mérite aussi d’avoir sa chance.
[…]
Caligula – […] Et que le fait une main ferme, de quoi me sert ce pouvoir si étonnant si je je puis faire que le soleil se couche à l’est, que la souffrance décroisse et que les êtres ne meurent plus ?[…] » p.62
« Caligula – Je veux mêler le ciel à la mer, confondre laideur et beauté, faire jaillir le rire de la souffrance.
Caesonia – Il y a le bon et le mauvais, ce qui est grand et ce qui est bas, le juste et l’injuste. Je te jure que tout cela ne changera pas.
Caligula – Ma volonté est de la changer. Je ferai à ce siècle le don de l’égalité. Et lorsque tout sera aplani, l’impossible enfin sur terre, la lune dans mes mains, alors, peut-être, moi-même je serai transformé et le monde avec moi, alors enfin les hommes ne mourront pas et ils seront heureux. » p.63
« Caligula – L’amour, Caesonia ! J’ai appris que ce n’étais rien. […] Vivre, Caesonia, vivre, c’est le contraire d’aimer. C’est moi qui te le dis et c’est moi qui t’invite à une fête sans mesure, à un procès général, au plus beau des spectacles. Et il me faut du monde, des spectateurs, fées victimes et des coupables.
Faites entrer les coupables. Il me fait des coupables. Et ils le sont tous. »p.64
Acte II
« Cherea – […] Je veux que les choses soient claires. Car si je suis avec vous, je ne suis pas pour vous. C’est pourquoi votre méthode ne paraît pas bonne. Vous n’avez pas reconnu votre véritable ennemi, vous lui prêtez de petits motifs. Il n’en a que de grands et vous courez à votre perte. Sachez d’abord le voir comme il est, vous pourrez mieux le combattre. » p.72
« Scipion – Je puis nier une chose sans me croire obligé de la salir ou de retirer aux autres le droit d’y croire. » p.116
Acte IV
« Caligula – On croit qu’un homme souffre parce que l’être qu’il aime meurt en un jour. Mais sa vraie souffrance est moins futile : c’est de s’apercevoir que le chagrin non plus ne dure pas. Même la douleur est privée de sens. » p. 169