Voilà un petit moment déjà que je promets à mon copain Marin Ledun quelques mots sur son dernier roman Free Queens.
Il y a des livres dont on a envie de partager tout de suite avec le monde entier les émotions qu’ils nous ont apportées. C’était le cas avec Darwyne de Colin Niel.
Avec Free Queens ça a été beaucoup plus compliqué. Parce qu’il m’a fallu le temps de digérer l’uppercut que j’ai reçu en plein visage. Ce roman a été une vraie bataille émotionnelle tant la révolte, l’injustice (sans doute le fait de société, avec l’intolérance, qui me met le plus hors de moi), la tristesse et au final l’espoir (quoique…) m’ont porté tout au long de sa lecture, passant de l’un à l’autre, parfois se mélangeant. Il a été un peu difficile de m’en relever tant ce que j’ai ressenti était intense. Tout ce que vous pouvez lire vous semble bien fade ensuite.
Souvent les romans de Marin ont pour fond des combats de sociétés. Leur âme au Diable (la cigarette et les trafics organisés), l’Enfer (le bagne) ou celui qui l’a fait connaître Les visages écrasés (le monde terrifiant du travail). Et c’est là qu’il est le meilleur. Et c’est là que je le rejoins.
Pour autant, je me demande, avec ma modeste vision de lecteur lambda, un rien littéraire, si Free Queens n’est pas encore au dessus.
Ce livre, extrêmement documenté, tout comme l’était l’avant-dernier, nous parle d’ une entreprise qui vend de la bière et de ce qu’elle est capable de mettre en place pour étendre son hégémonie dans les pays africains. On ne parle pas là simplement de publicité ou de vente un peu poussée, mais bien de ce que l’homme (mais sans doute aussi l’Homme) peut imaginer, repoussant toujours l’indécence et sa propre humanité, pour simplement vendre un produit. Marin nous narre par le menu le lien étroit qu’il existe ou a pu exister entre le milieu de la bière industrielle et les réseaux de prostitution organisée. Deux mondes qui entremêlement étroitement et dans lesquels on offre de jeunes filles en cadeau aux acheteurs comme on offrirait un t-shirt logoté.
Ce qu’il y a de plus effrayant et de plus révoltant, c’est que Marin s’est appuyé sur des faits réels. Un article du Monde daté d’il y a quelques mois en parlait. Un fois le livre terminé, croyez moi, la bière industrielle (même pour dépanner) c’est terminé.
L’écriture sert également le propos. Marin n'a plus à prouver qu'il sait écrire. Mais là, vous trouverez un style au scalpel, une description des faits chirurgicale. Jamais un mot de trop, jamais un superlatif en plus, aucune emphase. L’horreur de la situation se suffit à elle-même. Il n’y a besoin de rien d’autre pour nous plonger dans l’histoire tant cette dernière vous saisit aux tripes et, si comme moi vous êtes un rien révolté et sentimental, vous les arrachera avec le cœur.
Leur âme au Diable était un roman très masculin. Free queens est un roman sur les femmes dans un monde d’hommes. Et il est un véritable hommage à tous leurs combats.