Livre tres puissant car simple mais bouleversant.
➡️ Démontre comment « les plus grandes catastrophes s’annoncent souvent à petit pas » et « soulève les haillons hideux de l’histoire » pour raconter la marche vers l’abîme de l’Europe à travers deux moments.
Le premier, c’est une réunion du 20 février 1933, où vingt-quatre puissants patrons allemands (Krupp, Opel, Siemens…), reçus par Hermann Göring et Adolf Hitler, devenu chancelier un mois plus tôt, sont exhortés à financer la campagne du parti nazi pour les législatives, et s’exécutent. « Ce moment unique de l’histoire patronale, une compromission inouïe avec les nazis, n’est rien d’autre pour les Krupp, les Opel, les Siemens, qu’un épisode assez ordinaire de la vie des affaires, une banale levée de fonds. Tous survivront au régime et financeront à l’avenir bien des partis à proportion de leur performance », écrit, grinçant, l’auteur.
La photographie de l’industriel Krupp en couverture – accrédite l’idée que le livre s’attache à « l’ordre du jour » d’une réunion à laquelle sont convoqués, en février 1933, de grands industriels allemands.
Cette réunion en présence de Goering et de Hitler a pour but de demander aux « chevaliers d’industrie », comme les nomme Thomas Mann, de financer la campagne électorale du futur Chancelier qui, leur annonce-t-on, installera un régime d’ordre. Ce n’est là qu’un point d’appui, une sorte de mise en appétit. La force de L’ordre du jour est d’articuler ou, plus justement, de faire entrer par juxtaposition de chapitres, le lecteur dans la préparation de l’invasion de l’Autriche.
Le deuxième moment, celui auquel il se consacre le plus longuement, c’est l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, le 12 mars 1938. Il remonte en réalité un mois plus tôt, à la rencontre entre Adolf Hitler et le chancelier autrichien Kurt von Schuschnigg ; le 12 février, à Vienne, note Vuillard, « c’est carnaval : les dates les plus joyeuses chevauchent ainsi les rendez-vous sinistres de l’histoire ».