Àpremière vue, comme ça, c’est du polar de mec. gé d’adrénaline, gonfglé à la testostérone, emporté, pied au plancher, sur un rythme d’enfer. De la bagarre, des coups de menton, des coups de boule, des coups de feu. L’Amérique au tranchoir. L’histoire de deux hommes, têtes de pioche élevées à la dure, marqués par des années de taule, qui reprennent soudain du service pour retrouver les salopards qui ont assassiné leurs fils. Seulement voilà, ces deux fils étaient gays, au désespoir de leurs pères qui, ni l’un ni l’autre, n’avaient accepté de venir à leur mariage. Ike Randolph et Buddy Lee Jenkins ne se connaissaient donc pas avant qu’Isiah et Derek soient retrouvés sur le trottoir, une balle dans la tête. Tous les séparent d’ailleurs. Ike est noir, il a réussi à se relancer dans le jardinage. Buddy Lee est blanc, chômeur et alcoolique. Et tous deux vivent en Virginie-Occidentale où le racisme demeure solidement incrusté dans le paysage.
La Colère, second roman traduit en français de S.A. Cosby, après le succès des Routes oubliées, paru l’an dernier, est donc loin d’être un simple récit d’action bien carré bien vissé. Il est au contraire d’une grande complexité, mêlant intimement, dans un impressionnant mouvement d’oscillation, déchaînement de violence et subtilité des émotions, course-poursuite à haute tension et confusion des sentiments. Car Ike et Buddy Lee peu à peu se confient, se souviennent, se rapprochent, se racontent leurs comportements vis-à-vis de leurs fils, leur refus bétonné de les accepter tels qu’ils étaient. Leur incapacité à leur dire qu’ils les aimaient. Et bientôt leurs regrets, leurs remords, leur vertige de ne plus rien pouvoir faire sinon les venger. Cela, ils le savent, la violence est en eux, contenue depuis des années mais prête à resurgir. La colère chevillée au corps, Ike et Buddy Lee laissent monter la haine envers ceux qui ont tué leurs fils et qu’ils doivent retrouver coûte que coûte. Sans frein ni pardon. Comme s’ils pouvaient trouver la rédemption dans la vengeance, laver la mort par la mort.