« bien des gens ne comprennent pas, eux croient qu'elle cherche à faire de notre vie un calvaire. Le calvaire, c'est uniquement quand elle n'est pas assez forte pour porter son petit puits d'absolu. Et qu'elle éclate. Sur nous. Sur tout ce qui est autour d'elle, à vrai dire. »
« Que l'on m'accorde un vœu pour souhaiter que tous les tiens se réalisent. Que tu aies des chaussures à grelots et que la maison soit pleine de couloirs pour étirer ces moments où je t'entends venir vers moi. »
« Je crois en la vertu du rangement. Que toute chose a sa place et qu'il faut l'y remettre. Si elle n'en a pas, lui en donner une. Si vous ne prenez pas les devants sur le chaos, vous êtes foutu. Il vous engloutit, impitoyable. »
« Chaque certitude est une erreur en puissance. »
« Quelque chose d'un peu grave parce qu'il meurt bientôt, tu sais ? « Grave », c'est pas « difficile ». « Grave », c'est « important ».
Pour nous ça importe. Faut pas mourir amer. La mort ça doit venir comme un nuage. Tout doux pianissimo. Moi je verse le sucre sur la plaie et je reviens. »
« Les premiers jours du voyage aussi, des bouffées. Ignobles à vomir. La révolte. Faudrait qu'il a le corps sain. Faudrait qu'il a toujours le même âge que moi. Faudrait mourir toujours ensuite des gens qu'on aime. Et aujourd'hui deja je le manque. Une lame en acier. Un sabre d'argent en travers la poitrine. Le grand éclat de glace que rien réchauffera jamais. Je le manque ! Et tout le temps qu'il me reste encore à vivre sans lui. Cette semaine : un grain du sable dans ce qui m'attend de la vie sans le voir. Faut pas penser. Faut agir. Faut se dire que le temps ici passe dans le sens de lui. Qu'il me tient chaud encore. »
« J’agis comme lui. Pour tout. Les petits gestes et la manière de sourire en impliquant le nez. La paresse de quinze heures et la manière d'être heureux en retard, une heure après les évènements joyeux. Comment il pose le disque avec cérémonieuseté sur la platine, par le petit doigt, et qu'il déteste prendre le soleil là qu'il n'a plus de cheveux. Qu'il ne sort pas sans le miroir de poche mais qu'il ne s'y regarde jamais dedans. Qu'il sait, au chant des oiseaux, s'ils sont migrateurs mais qu'il ne connaît pas leur nom. Qu'il n'aime pas qu'on boive dans le sien verre mais qu'il picore toujours dans ton assiette, en te parlant. Sa manière d'aimer, réticente puis absolue. Comment il pardonne.Comment il désamorce toute la rancœur. Sa façon d'être fidèle à sa peine jusque dans le bonheur.
Aimer quelqu'un, c'est savoir ses détails. »
« Les évènements pour elle viennent sans être bons ni mauvais. Si quelque chose lui vole son plaisir, elle l'accepte, sans pitié, et si quelque chose lui en donne, elle l'accepte, avec gratitude. Elle attend les tempêtes et les joies en sachant bien qu'il n'est jamais question de son mérite là-dedans.
Lucien, maintenant, il faut effacer de toi toutes les larmes et toutes les prières de rédemption que tu y as accumulées. Elles ont rempli leur office, elles ne sont plus utiles. Alors ne les garde pas en souvenir, surtout pas. Un regret, ça ne se conserve pas comme une boule à neige, en mémoire d'un voyage passé. Un regret aussi, ça peut se jeter à la poubelle. Tu te demandes peut-être qui tu serais sans ta douleur. Si tu serais le même homme. C'est elle qui t'a modelé plus de la moitié de ta vie. C'est elle qui a fait le Lucien que j'ai connu. Alors ? Alors on s'en fiche et ce chagrin tu ne lui dois aucun culte, aucune cérémonie d'adieu. Lucien, la joie gomme tout le reste »
« Aujourd'hui je suis grande. Et je suis grande de toi. Il y a une corde qui vibre tout près de l'horizon. Je vois enfin l'horizon qui recule. Il y a de l'avenir à respirer. Toute ma vie je vais pouvoir respirer le futur que tu m'as donné. »