Lovecraft aime susciter des nouvelles rencontres entre notre monde et ceux venus d’un univers lointain, voir même d’univers qui ne peuvent être ni cernés ni situés. A mon sens, le présent ouvrage est le plus symbolique du génie et de l’imaginaire de HP Lovecraft.
Ici l’horreur va résider dans une couleur tombée du ciel. Et cette horreur va monter progressivement grâce à un subtile mélange entre descriptions évanescentes et comportements déments qui instillent un véritable malaise à la lecture. L'un des ingrédients de cette réussite tient en ce que les personnages principaux n'ont rien à voir avec ces héros lovecraftiens habituels, désabusés, las de la monotonie de la vie et qui courent à leur perte en réveillant des choses sinistres propres à les distraire quelque peu. Non, ici, c'est une pauvre famille de paysans, qui craint et respecte Dieu, qui se retrouve prisonnière d'un processus de dégradation psychique et physique proprement épouvantable
L’intelligence du récit va permettre de déchaîner des horreurs sans toutefois les dévoiler excessivement et intégralement. Il est le plus souvent question de suggérer les atrocités surnaturelles dans la région d’Arkham avec des émotions puissantes dans un conflit triangulaire entre l’Homme, la Nature, et cette présence venue d’ailleurs. Au service de la peur et de l’angoisse, l’esprit du lecteur fait le reste alors que le présent ouvrage n’exprime tout son maléfice qu’à travers des descriptions nébuleuses. Jamais dans cette intrigue il ne sera fait mention, sinon avec le plus grand mystère, de la nature exacte de cette couleur, ne lui octroyant ainsi aucune réelle motivation ni raison tangible pour justifier l’hécatombe dont elle est fautive. « C’était juste une couleur » décrète un racontar et illustrant ainsi parfaitement l’horreur absconse de la chose.