Journaliste et réalisateur, Guillaume Pitron parle avec a réalisé une enquête au sein de territoires jalousement gardés, ceux des terres rares.
Nota: Traitant de ce sujet depuis plus de dix ans, Guillaume Pitron en est devenu un spécialiste reconnu.
Guillaume Pitron dresse le tableau des impacts méconnus des dites « énergies vertes ».
Après l’ère du charbon puis celle du pétrole, le XXIe siècle devrait être le règne des technologies vertes. Mais pour cela, il faudra bien exploiter de nouvelles ressources, annonce Guillaume Pitron dans son livre La guerre des métaux rares : la face cachée de la transition énergétique et numérique. Aux noms énigmatiques comme vanadium, rhénium, niobium, tantale… ces précieux minerais sont dotées de fantastiques propriétés et sont si rares qu’il faut extraire plusieurs tonnes de roches pour en obtenir ne serait-ce que quelques centaines de grammes. Sensés produire plus d’énergie que le charbon ou le pétrole après industrialisation, ils n’émettent donc pas de CO2. Advint ainsi l’ère du « capitalisme vert » (éoliennes, panneaux solaires, batteries électriques..) et celle des pollutions indirectes.
En effet, d’une part, cette énergie dite “renouvelable” consomme en fait des ressources “non renouvelables” et polluantes. D’autre part, elle nécessite le recyclage de pièces usagées. Le démantèlement de ces produits « verts » est donc, autant que peut se faire, réalisé dans des pays prêts à tout accepter pour survivre, quitte à être « volontaires » pour être pollués. Enfin, pour obtenir ces précieuses ressources, il faut détruire encore toujours plus d’écorce terrestre avec des conditions d’extraction qui n’ont absolument rien d’écologiques mais sont plutôt la cause de pollutions gigantesques et émises loin de l’Occident, essentiellement en Chine.
En voulant se donner une bonne conscience écologique, les puissances occidentales sont devenues encore plus dépendantes de la Chine, nous explique donc Guillaume Pitron dans son livre La guerre des métaux rares : la face cachée de la transition énergétique et numérique. De broyeurs de minéraux dans des terres reculées, pollueurs et aux métiers sans valeur ajoutée, les chinois ont su inverser progressivement le mécanisme. Désormais, outre l’extraction et le traitement des minéraux, elle réalise des produits finis beaucoup plus lucratifs avec une montée en gamme des métiers.
Ainsi, aujourd’hui, quatre batteries électriques sur cinq proviennent de l’ancien Empire Céleste. Les États-Unis ont même abandonné une partie de leur indépendance stratégique militaire sur ce plan-là. Leur avion furtif est ainsi devenu dépendant de la bonne volonté chinoise pour l’équiper des indispensables minerais qui le rendent invisible aux radars. De même, la Chine domine la production de supers aimants. Elle est d’ailleurs présente en Afrique, en Australie, au Canada, partout où il y a une terre rare à exploiter. Les chinois prévoient d’ailleurs la gestion à terme de leurs propres ressources.
Extrait de : https://bullesdeculture.com/la-guerre-des-metaux-rares-2018-litterature-critique-avis-livre/#:~:text=Les%20États%2DUnis%20ont%20même,la%20production%20de%20supers%20aimants.