Profondément bouleversant …
Ce livre est impossible à lâcher, son écriture et son format le rendent palpitant, humain et attachant
Mais surtout, ce qu’il y raconte transforme notre façon de voir les choses. Bien sûr, on peut tous s’imaginer à quoi ressemble la vie d’un sdf, mais on y pense pas plus que ça, et peut être volontairement. Ce livre, à travers un point de vue vraiment intéressant, nous permet de nous rendre compte de ce à quoi un sdf peut penser et ce qu’il peut faire durant ses longues journées. Comment, avec toute la bonne volonté du monde, il est impossible de ne pas en vouloir à ceux qui ont les moyens de vivre, à nous lecteurs. On nous désigne en coupables, car qui ceux qui vivent à la rue pourraient ils accuser d’autres ? De notre côté, nous ne faisons pas forcément attention à ces gens, car comment se comporter décemment avec eux ? Mais eux ne font que ça, nous observer, que pourraient ils faire d’autres ? Et évidemment que nous semblons méprisables (que nous sommes ?)
En même temps, ce livre révèle une certaine impasse : il n’y a aucune bonne manière de se comporter avec un sdf, il aura toujours de bonnes raisons de nous mépriser.
C’est quelque chose auquel je pense souvent, et auquel j’ai pu encore plus réfléchir grâce à ce livre. En effet, ignorer un sdf, c’est ignoble, c’est lui montrer qu’il n’est pas digne d’attention et que l’on préfère ne pas regarder la misère en face. Mais regarder un sdf, est ce mieux, sachant qu’il est impossible d’avoir une bonne attitude avec lui ? On aura beau être gentil avec lui, soit on le regarde avec pitié, ce qui est irrespectueux et met de la distance entre nous, soit on le regarde d’un air cool comme si sa situation était normale, alors qu’elle ne l’est pas, et c’est alors encore un moyen de ne pas s’avouer la misère qui existe. Comme si la seule personne avec qui un sdf pouvait parler sincèrement, c’est avec un sdf. Et pour ce qui est de donner une pièce, comme il est si bien expliqué dans le livre, c’est un peu un moyen de s’acheter une conscience et de ne pas remettre réellement en cause le système qui fait que tant de gens vivent dans la rue.
Au fur et à mesure de la lecture du livre, j’ai eu l’impression que le personnage devenait de plus en plus fou, par exemple en se contredisant ou en parlant de lui à la deuxième personne jusqu’à devenir réellement violent, ce qui m’a semblé particulièrement intéressant : on ne peut pas résister à la folie et à la violence dans la rue, même avec toute la bonne volonté du monde. Quand on est à ce point rejeté, la violence, c’est aussi la survie contre un monde hostile.