Brigitte Benkemoun a hérité de ses parents une folie architecturale. Maison futuriste et utopique, seventies par l'explosion des couleurs et l'extravagance des courbes, la Villa est un vaisseau de béton au milieu des foins à quelques kilomètres d'Arles. À la question « comment étaient vos parents », elle a toujours eu envie de répondre « exactement le contraire de ce que vous imaginez ». Sa propre question sera plutôt de comprendre pourquoi ce couple d'origine modeste, arrivé d'Algérie dix ans plus tôt, s'embarque dans un projet si fantasque et ambitieux. Étaientils si différents ? Et qu'est-ce qu'un héritage? En quoi il vous oblige ? La Villa est le portrait collectif d'une génération, d'une époque et celui plus intime d'une transmission qui résonnera avec chaque histoire familiale.
« Je n'ai aucune leçon d'éducation à donner, surtout pas à titre posthume : ils ont sûrement cru bien faire, et fait ce qu'ils ont pu. Mais on peut aimer et mal aimer, s'occuper de ses enfants sans chercher à les comprendre, blesser sans penser à mal, les tordre en croyant les élever. »
« Une maison ne change pas seulement le regard des autres. Elle modifie aussi la façon de vivre d'une famille. « Machine à vivre », disait Le Corbusier. Nouvelles circulations, nouvelles habitudes, nouvelles possibilités de se réunir ou de s'isoler.
Ils ont beaucoup insisté pour qu'Émile Sah limite les couloirs au strict nécessaire ! Comme Mme Arpel, dans Mon oncle le film de Tai, is rêvaient que tout communique.
Communique-t-on davantage quand tout cour munique ? On entend certes la télé, du salon i i cuisine, mais il n'est pas certain que l'on s'our vraiment. À l'étage, les ados cherchent plusi fermer les portes »
« Les jours de grand vent, les souvenirs d'hier et les sensations d'aujourd'hui tourbillonnent à en perdre le nord. Toujours le même vacarme dans les peupliers, sous les pins, les figuiers, les mûriers.
Une plus folle tempête sous les platanes du vieux mas. À la Villa pourtant, le bruit des bourrasques est étouffé, la maison baignée de soleil, un ciel bleu limpide à travers les vitrages. Elle est comme une bulle qui nous protège des éléments. Même sur la terrasse, le mistral paraît s'être essoufflé. »
« La mort c'est aussi ça : le plus sinistre des déména-gements, une dispersion plus violente que celle des cendres, et la honte d'effacer les dernières traces de ses parents, avec l'impression terrible qu'ils vous regardent faire. Il vaudrait mieux disparaître corps et biens, pour épargner ses enfants. »
« Laisser des traces c'est refuser de disparaître totalement. Courir après les traces c'est scruter la présence dans l'absence.
Parce qu'il est intolérable qu'il ne reste rien de nous »