« J'ai la mémoire intacte de celle qui m'habite, qui a vécu ici il y a maintenant un siècle. Qui ma bue à la source, qui a mêlé souvent ses larmes à mes flots, jusqu'à ce que son regard en devienne liquide. Elle s'appelait Clara. Je me souviens pour elle. J'ai une histoire à dire. Il faut que son amour ne soit pas oublié. Alors, je gronde sous terre en écho au passé, je rugis dans la pierre, je fais parfois chanter les longs tuyaux de cuivre.
Je suis l'eau qui charrie les larmes de Clara. La vapeur du souvenir au carreau de fenêtre lorsque tombe la nuit. Je suis les flocons de neige se posant sur leurs langues tirées haut vers le ciel, dans l'hiver cristallin. Je suis le ruisselet où elles marchaient pieds nus lorsque venait l'été. Je suis l'humidité entre leurs cuisses mêlées et au bout de leurs doigts, je suis le torrent de leurs âmes liquides, et la salive des mots qu'elles chuchotaient tout bas. Je suis la nuée, l'onde après le tonnerre qui noie toute la vallée sous un fracas d'éclairs, je suis leur joie grondante, je suis leur colère. Il faut bien qu'on m'en-tende, j'ai une histoire à dire, seul le vent me répond. »