Une ode à la littérature émancipatrice, encore une, mais avec un récit plein de rebondissements et qui nous tient en haleine. Une vie qui n’est pas sans me rappeler celle de Momo dans « la vie devant soi » Pour au moins trois raisons :
1. Ici le héros s’appelle Robert, il est bègue parce que sa mère est une furie qui lui hurle dessus depuis le départ du père qui les a abandonnés tous les deux, les laissant sans ressources. Il vit dans une banlieue sordide où règne un caïd trafiquant de drogue sans foi ni loi. Le monde est dangereux et sans pitié pour lui.
2. Et puis il y a la langue : l’auteur nous immerge sans ménagements dans la langue de Robert, le narrateur. Une langue moins inventive que celle de Romain Gary, c’est plutôt une sorte de sabir lardée de mots arabes ou de mots de la cité qu’on renonce très vite à traduire et qui finissent par ne plus gêner la lecture.
3. Enfin il y a les « adjuvants » : ici Rosa n’est pas une ancienne prostituée mais une libraire Sophie .. qui a vécu dans la rue ( elle en a gardé des manières un peu après de communiquer ) et à qui on a donné sa chance. C’est Suzanne l’ancienne libraire, ancienne résistante juive déportée rescapée des camps de la mort qui vit recluse dans la cave de la librairie à lire et fumer des pétards. Sophie saisit immédiatement la détresse de Robert et lui tend la main. Elle l’embauche pour qu’il l’aide à la librairie A partir de là, il commence à avoir une vie hors de la cité et se retrouve entouré de personnes bienveillantes qui seront des aides précieuses dans ses aventures comme le sont les prostituées et les habitants de l’immeuble.
L’histoire
Robert quasi muet est surnommé le muet et il est le souffre douleur depuis le collège parce que lors d’une représentation théâtrale de fin d’année, il est resté tétanisé et muet sur la scène : son texte ne sortait pas et cerise sur le gâteau, sa mère a quitté la salle devant tout le monde.
Cette humiliation a fait de lui un garçon taciturne et replié sur lui-même.
Sa mère est malade et doit être hospitalisée. Il cultive du shit sur le toit terrasse de son immeuble au 22 étage.. sans ascenseur il a passé un accord avec le gardien de l’immeuble qui ne peut plus monter si haut et délègue à Robert la surveillance et l’entretien de cette partie de l’immeuble.
Sur sa terrasse il est libre et seul.
Un jour dans des toilettes, il trouve un livre oublié « tistou les pouces vers » et il le dévore.
Et l’histoire s’emballe. Robert demande au caïd Jo de l’autoriser à cultiver des fleurs, il l’amadoue en lui racontant l’histoire de Tistou. Jo accepte à condition que Robert, qu’il baptise Tistou, offre chaque jour une fleur de son jardin à une habitant de la part de Jo… Dès qu’il sort de l’immeuble il est filé par un sbire de Jo, Montre en or. La seule fois où il oublie il est embarqué dans un coffre de voiture et Jo lui coupe le pouce droit. Il respectera donc le contrat même si derrière les fleurs se cache une plantation de shit… il ne vaut mieux pas que Jo apprenne que Tistou gère son petit trafic derrière son dos, cela pourrait finir très mal.
Après la lecture de Tistou, il lira les livres talisman que chacun de ses amis de la librairie lui collent dans les mains.
Le petit prince qui l’éveille à la poésie l’imaginaire le droit d’avoir son monde intérieur
Novencento le pianiste sur
Sous le règne de Bone de Russel Banks le livre miroir sur les destins marqués par la brutalité de la vie
Total Khéops un flic hors normes qui a des valeurs et aime les livres
Moby Dick sur la quête qui hante et détruit peut-être celle d’un amour absolu
Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, pour se décoloniser la tête
Le monde commence aujourd’hui, Jacques Lusseyran livre talisman de Rabiot le professeur de médecine. C’est Suzanne qui explique à Tistou que ce livre est le récit de la déportation de Lusseyran qui explique que ce qui l’a sauvé c’est la joie. Il a su lutter contre la déshumanisation, les souffrances infligées au-delà du supportable en s’imposant des pensées joyeuses qui le ramenait à la vie.
C’est dans ce livre là que Tistou a relevé un extrait pour le lire à haute voix devant le public de la librairie le jour de la cérémonie des Fabulous Troubadours où chacun offre une lecture.
Et c’est juste après cet événement qui répare la honte vécue au collègue que tout bascule : Jo a découvert son petit trafic, tout son jardin a été vandalisé il faut fuir avant que Jo et ses sbires le retrouvent . Heureusement ses amis (Moustache le jardinier de la baronne) et John le moto taxi vont lui trouver un bateau pour l’Amérique du Sud… une fin en cliffhanger
Lecture suggérées par ce livre
Moby Dick / la princesse de Cleves / le parfum / 1984/ fantastique maître renard / peau noire masque blanc / mon chien stupide / novecento pianiste / Jonathan Livingstone