"Le regard féminin n'est pas le fruit du hasard, c'est une manière de penser".
Foucault est le premier à introduire la relation existant entre le regard, le pouvoir et le savoir, à travers son concept de panoptique.
L'auteure, Iris Brey, entend démystifier le female gaze et dénoncer le male gaze, et la scopophilie (plaisir éprouvé à regarder). Elle s'appuie pour cela sur des recherches sociologiques sur le regard.
Elle évoque ainsi les confusions qui naissent autour du concept de male gaze : il n'est pas question de faire le procès ni de tous les films parus concernés, ni de critiquer la volonté d'un réalisateur d'objectiver le désir des spectateurs, mais plutôt de questionner la façon dont les corps sont filmés, et ce que ce regard situé provoque comme réaction chez le spectateur.
Iris Brey est d'ailleurs convaincue que le genre du cinéaste ne conditionne pas sa manière de filmer les personnages féminins. Le female gaze est pour elle inclusif, et provient non pas de l'identité du créateur.e mais du regard généré par le film.
Selon elle, le female gaze serait donc "un regard qui donne une subjectivité au personnage féminin, permettant ainsi au spectateur et à la spectatrice de ressentir l'expérience de l'héroïne sans pour autant s'identifier à elle".
Elle propose une grille de lecture en 6 points, pour associer le terme de female gaze à un film :
Il faut narrativement que :
1 - Le personnage principal s'identifie en tant que femme
2 - L'histoire soit racontée de son point de vue
3 - Son histoire remette en question l'ordre patriarcal
Il faut d'un pdv formel que :
1 - grâce à la mise en scène le spectateur/trice ressente l'expérience féminine
2 - si les corps sont érotisés, le geste doit être conscientisé
3 - le plaisir des spectateurs/trices ne découle pas d'une pulsion scopique (pas objectiver)
Iris Brey développe sur la complexité du traitement du viol : comment le représenter à l'écran sans le légitimer (comme le font la majorité des films du male gaze qui se placent du pdv du violeur) ? Elle explique ainsi qu'il faut se pencher sur le pdv de la femme, et plus précisément sur son ressenti physique, comme une expérience incarnée, ce qui neutralise l'érotisation de la scène. Il faut pour cela aussi s'attarder sur les conséquences que cet acte impose à la victime, pour ne pas le rendre qu'un outil au service du scénario.