Stendhal, dans son récit de voyage de 1817 intitulé Rome, Naples et Florence, décrit une expérience qu'il a vécue à la basilique Santa Croce de Florence. Dans une petite chapelle nichée à l'intérieur de cette vaste église, alors qu'il renverse la tête en arrière pour contempler les magnifiques fresques de la coupole, il est submergé, écrit-il, par des «sensations célestes», des «sentiments passionnés », une «sorte d'extase ». Craignant que son coeur nexplose il quitte brusquement la chapelle. titubant, au bord de l'étourdissement, et sassied dehors sur un banc pour reprendre ses esprits.
Dans les années 1970, Graziella Magherin, cheffe du service de psychiatrie à l'hôpital central de Florence, se mit à documenter les cas de touristes subjugués par l'art. Les symptômes les plus fréquents étaient des vertiges, des palpitations cardiaques et des pertes de mémoire. Une femme raconta qu'elle avait l'impression d'avoir des doigts qui lui poussaient dans les yeux. Le David, sculpture iconique de Michel-Ange, était l'un des déclencheurs les plus courants. Les effets pouvaient durer de quelques minutes à deux heures.
Magherini préconisait du repos et prescrivait parfois des sédatifs. Tous les patients guérissaient après une abstinence d'art pendant quelque temps.
Magherini recensa plus de 100 cas, répartis à égalité entre hommes et femmes, pour la plupart âgés de 25 à 40 ans. Ceux qui avaient ressenti les symptômes une fois avaient tendance à rechuter devant d'autres œuvres. Magherini publia un livre sur ces troubles et leur donna un nom : le syndrome de Stendhal. Depuis, bien d'autres cas se sont manifestés. Jérusalem et Paris semblent être des lieux propices. Mais en dehors de Florence, la documentation reste anecdotique et la maladie n'est pas officiellement reconnue comme telle, non répertoriée dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux.
Enquête journalistique peu ou pas d’émotion, mais une vraie histoire d’amour de l’art pour l’art.