De Ian Mc Ewan.
Bof malgré des passages intéressants, j’ai l’impression d’un livre fourre-tout où l’auteur s’applique à évoquer tous les événements des années 80 au début des années 2020. Un peu comme s’il s’était fait une do list de tout ce dont il devait parler : harcèlement sexuel, Tchernobyl, abandon par sa femme, la chute du mur, le cancer et la fin de vie de sa deuxième épouse jusqu’au Covid et que les personnages de son histoire devaient y répondre d’une manière ou d’une autre, donc pour moi pas très prenant ni de grande force ni dans la construction narrative (comme le souvenir que j’ai « d’expiation » par ex ou de force introspective comme le personnage féminin de « sur la plage de Chesil ». Très long en plus.
Telerama : Leçons commence par un autre crime, non pas commis par Roland Baines, le personnage principal, mais subi par lui dans l’enfance : perpétrée par une jeune professeure de piano, une agression sexuelle à laquelle succédera, pendant l’adolescence de Roland, une relation d’emprise durant deux ans. « Cette professeure de piano […], elle t’a reprogrammé le cerveau », analysera vingt ans plus tard Alissa, la fiancée du jeune homme, bientôt son épouse, et la seule personne à qui Roland ait raconté ces faits.
« De temps à autre, lorsqu’il se sentait d’humeur durablement introspective, Roland réfléchissait aux événements et accidents, personnels et mondiaux, minuscules et capitaux qui avaient façonné et déterminé son existence. Son cas n’avait rien de particulier — tous les destins se constituent de la sorte. » Ainsi procède Ian McEwan pour dérouler, de son enfance à sa vieillesse, de l’après-guerre à nos jours, le cours de l’existence et la vie intérieure de Roland Baines, né à la fin des années 1940, d’un père militaire et d’une mère femme au foyer, veuve d’un premier époux mort durant la guerre avec qui elle eut, avant Roland, deux autres enfants. Roland a une trentaine d’années lorsqu’on fait sa connaissance, aux premiers chapitres de Leçons — il aura près de 80 ans quand on le quittera. Avec attention et tendresse, il élève seul son fils, Lawrence, un bébé encore, depuis que son épouse Alissa a disparu un beau jour du domicile familial et de Londres sans laisser ni adresse ni explications. Il vit modestement mais correctement des aides sociales — de toute façon, il n’a pas vraiment de métier.
Personnage principal de « Leçons », Roland Baines eût pu exceller au piano. Ainsi qu’en poésie ou au tennis. Mais…
Plus tard, lorsque Lawrence aura grandi, et que Roland devra gagner sa vie, on le verra jouer du piano dans le restaurant d’un grand hôtel, donner des leçons de tennis, rédiger des vers insignifiants pour agrémenter des cartes de vœux. Pianiste, poète, sportif, Roland aurait pu être tout cela… Seulement voilà, Roland est un homme sans qualités. Un type sympathique et velléitaire, secrètement mélancolique et irrésolu. Un homme, si ce n’est brisé, du moins abîmé — la confrontation, près de cinq décennies plus tard, avec celle qui l’avait agressé enfant, permettra de prendre la mesure de sa blessure : « Sa vie avait été altérée. Gâchée, dirait certains. Mais l’était-elle vraiment ? »
C’est par le jeu des flash-back, insérés dans le fil de la narration chronologique qui avance dans le temps, que l’on apprendra ce que furent son enfance, sa jeunesse. Sa solitude dans le pensionnat du Suffolk où il est arrivé à l’âge de 11 ans, loin de ses parents, demeurés en Libye où son militaire de père était affecté et où lui-même a vécu ses premières années. Puis, à 16 ans, l’arrêt brutal de ses études et l’abandon du piano dont il s’annonçait un virtuose. La décennie fantasque qui suivit, entre voyages, petits boulots en série et multiplication des aventures sentimentales et sexuelles, avant la rencontre avec Alissa… En arrière-plan de sa vie, le romancier installe et fait évoluer le vaste décor de l’histoire contemporaine : l’Europe au lendemain du conflit mondial, la crise des missiles de Cuba — si décisive dans la vie de Roland —, plus tard l’avènement de Thatcher et des conservateurs au Royaume-Uni, la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, la chute du mur de Berlin et la pseudo « fin de l’histoire », les prémices de la crise climatique, le Brexit…