⚠️édition Gallimard avec illustrations de Riad Sattouf🥰🥰🥰🥰🥰🥰🥰
On oublie que la vie, ici comme ailleurs, est un luxe, et qu’il n’est nulle part de terre bien profonde sous le pas des hommes.
Si unir les hommes est le plus beau des métiers, qu’il n’y a de luxe que dans les relations humaines, ce livre est d’abord un magnifique hommage non seulement aux habitants de la Terre et à la vie mais également à la Terre elle même, celle que le pilote survole depuis une échelle presque cosmique, s’orientant à l’aide des étoiles. Les lumières de vie scintillent, chaque village est un repère pour le voyageur céleste qui prend le rôle précieux de témoin. De l’hommage à ses vieux camarades, aux réflexions sur le progrès technique, Antoine de Saint Exupery nous plonge dans un monde passionnant que l’on veut redécouvrir avec de nouveaux yeux. C’est toute la beauté de sa plume, fluide, simple, sans digression, qui nous invite au voyage.
Puis, en parallèle à cette invitation au voyage, c’est une réflexion portée sur l’homme, l’espèce humaine et ses différences. Ce qu’Antoine de Saint Exupery déplore, ce qui le tourmente, c’est « dans chacun des hommes, Mozart assassiné ». Qu’est ce qu’il veut dire par là ? Les lumières étincelantes que le pilote voyait depuis son hublot n’étaient pas uniquement des repères matériels de navigation, il s’agissait de signes de vie, de sentinelle, dans une Terre habitée par les hommes où « chaque sentinelle est responsable de tout un Empire ». Les derniers mots du livre rappellent son véritable sujet, un passage de l’expérience individuelle et l’universel qui m’a bien plut : « Seul l’Esprit, s’il souffle sur la glaise, peut créer l’Homme » . Qu’est ce qui sombre en chacun de nous dans une époque de guerre, de misère, d’indifférence ? Pour quoi les hommes se divisent ils, pour quelles raisons ? Qu’est ce qui donne un sens à la vie ? Être heureux selon Saint Exupery c’est « prendre conscience de son rôle » , dans un court laps de temps où « ce qui donne sens à la vie donne sens à la mort », et c’est là où intervient la métaphore du berger, du paysan, du jardinier. C’est un rapport à la matière, à la terre, qui est mis en avant. « Tout au long de ce livre j’ai cité quelques uns de ceux qui ont obéi semble t il, à une vocation souveraine, qui ont choisi le désert ou la ligne, comme d’autres eussent choisi le monastère ; mais j’ai trahi mon but si j’ai paru vous engager à admirer d’abord les hommes. Ce qui est admirable d’abord, 💕c’est le terrain qui les a fondés »
« Pourquoi nous haïr ? Nous sommes solidaires, emportés par la même planète, équipage d’un même navire. Et s’il est bon que les civilisations s’opposent pour favoriser des synthèses nouvelles, il est monstrueux qu’elles s’entre-dévorent. Puisqu’il suffit, pour nous délivrer, de nous aider à prendre conscience d’un but qui nous relie les uns aux autres, autant le chercher la où il nous unit tous. Le chirurgien qui passe la visite n’écoute pas les plaintes de celui qu’il ausculte : à travers celui là, c’est l’homme qu’il cherche à guérir. Le chirurgien parle un langage universel. De même le physicien quand il médite ces équations presque divines par lesquelles il saisit à la fois et l’atome et la nébuleuse. »
« Liés à nos frères par un but commun et qui se situe en dehors de nous, alors seulement nous respirons et l’expérience nous montre qu’aimer ce n’est point nous regarder l’un l’autre mais regarder ensemble dans la même direction. (…) C’est peut être pourquoi le monde d’aujourd’hui commence à craquer autour de nous. (…) Nous nous divisons sur des méthodes qui sont les fruits de nos raisonnements, non sur les buts : ils sont les mêmes »
« Pour comprendre l’homme et ses besoins, pour le connaître dans ce qu’il a d’essentiel, il ne faut pas opposer l’une à l’autre l’évidence de vos vérités. Oui vous avez raison. Vous avez tous raison. La logique démontre tout. (…) La vérité, c’est le langage qui dégage l’universel (…) ce n’est point ce qui se démontre, c’est ce qui simplifie »
« À quoi bon discuter les idéologies ? Si toutes se démontrent, toutes aussi s’opposent, et de telles discussions font désespérer du salut de l’homme. Alors que l’homme, partout, autour de nous, expose les mêmes besoins ».
« La vérité pour l’homme, c’est ce qui fait de lui un homme »