Je pense que si toutes les personnes en France lisaient Vernon Subutex, le monde irait mieux. Le monde irait mieux parce qu'on le comprendrait mieux.
C'est tellement bien écrit. C'est cru, c'est plein de rage, plein de violence. Les mots sont dégueulasses parce que les pensées des hommes sont dégueulasses.
À travers Vernon et les gens qu'il fréquente, c'est toute une époque qui est décrite. La génération rock'n'roll se meure et laisse place à la génération internet, la société libéraliste de la réussite individuelle et de la carrière. Faire carrière ou se retrouver sans rien comme Vernon.
La narration est bien menée. On suit l'histoire de Vernon, à laquelle s'entremêlent celles de nombreux autres personnages, tous plus ou moins reliés à Alex Bleach. C'est presque un polar. On veut savoir ce qu'il y a sur ces putains de cassettes testament.
Le fait de passer d'une personne à l'autre permet, d'une part, de donner un rythme à l'histoire. Certains moments sont passés en ellipse.
Et, d'autre part, les différents points de vue permettent de découvrir d'autres facettes des personnages. On voit tellement leurs pensées et leurs sentiments.
On se questionne sur la façon dont les gens nous voient et peuvent percevoir de manière très différente la relation qu'on entretient. C'est avec la relation entre Vernon et Sylvie qu'on voyait cette énorme dichotomie entre les ressentis des personnages. Quand on était du côté de Sylvie, j'étais contente parce que je voyais à travers ses yeux du bonheur (l'amour qu'elle ressent). Mais du côté de Vernon cette relation était un enfer.
La grosse originalité de ce récit, c'est d'être dans la tête de personnes très différentes, de gros fafs, de droitards, de communistes, de vieux frustrés professionnellement, de vieilles frustrées sexuellement, la tristesse de se retrouver dans une vie sans savoir à quel moment ça a dérapé, la mort qui frappe trop tôt trop de fois.
Un beau portrait de la société et des individus.
⚠️⚠️Spoilers alert⚠️⚠️
Si on lui avait dit, dès la première année, qu'il passerait l'essentiel de sa vie dans cette boutique, il aurait répondu sûrement pas j'ai trop de choses à faire. C'est quand on devient vieux qu'on comprend que l'expression "putain ça passe vite" est celle qui résume le plus pertinemment l'esprit des opérations.
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Parfois, Bertrand évoquait la mort qui l'attendait. Il disait que dans la nuit, la peur le réveillait, et il disait "le pire, c'est que j'ai toute ma tête, et je sens mon corps qui fout le camp, et je ne peux rien faire."
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Jean-No avait arrêté de fumer, il en avait chié. S'il avait su que c'était pour rien, le pauvre, il aurait mis son réveil la nuit pour fumer plus de clopes.
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