Un gangster chevronné est en cavale, de Milan à Paris en passant par la Côte d'Azur. Il doit lutter pour sa survie et celle de sa famille. Car Abel (joué avec brio par Lino) ne se déplace jamais sans sa très dévouée femme et ses deux garçonnets, qui ne comprennent pas bien tout ce que trafique Papounet. Et puis on grandit vite avec Lino à la barre : un cornetto à la gare, qu'il faut déjà côtoyer les jouets dangereux de Papa dix minutes plus tard, pour espérer lui decrocher un regard. En plus, on a des yeux partout lorsque l'on est un voyou. Jamais tranquille ! On joue sa vie à pile ou face (littéralement), on décède comme ça, en un claquement de doigt (morts expéditives, incroyablement chorégraphiées)... Tout comme les acteurs on est en permanence secoué, émotionnellement comme physiquement (la poursuite en voiture sur les petites routes d'Italie peut nécessiter un sac à vomi). Claude Sautet filme à cent à l'heure et adore surprendre son spectateur à qui il ne laisse aucun répit, mélange des genres compris. Les coups (de poing et de feu) sont vifs, d'une violence presque élégante et calibrés avec style, tout comme le sont les merveilleux dialogues : débités eux aussi à la mitraillette et incarnés par des acteurs légendaires qui y insufflent leur inénarrable gouaille. Il faut voir le Belmondo "période Godard" hypnotiser la sublimissime et pas dupe Sandra Milo avec un "Ce que j'ai de bien c'est mon gauche" d'un regard plus séducteur tu meurs ! Lino aussi hérite d'un hilarant "C'est pas du lait que j'étais venu chercher", le tout en soulevant la table du petit-déjeuner de son traître d'associé, sous les yeux de sa femme médusée. Les demoiselles du film ne sont par ailleurs jamais en détresse, elles sont maîtresses certes, mais surtout d'elles-mêmes, et accouchent uniquement de punchlines aussi épicées que leurs amants. Ainsi, "Classe tous risques" est une œuvre assez inclassable, sur le fil du polar, mais toujours parée d'un filtre de comédie, louchant même dans bien des séquences vers la parodie... Sans oublier la présence presque solennelle d'une voix-off qui emmène le spectateur sur la piste du docu-fiction : Scorcese au pays du Dubonnet, c'est bien de cela qu'il s'agit, pardi.