
Police Fédérale, Los Angeles
De William Friedkin
1985
Policier / Thriller
1h56
Police Fédérale, Los Angeles
De William Friedkin
1985
Policier / Thriller
1h56
8,7/10
7,3/10
Synopsis
Véritable tête brûlée, Richard Chance travaille pour les services secrets américains. Le jour où son coéquipier Jimmy Hart est abattu alors qu'il menait une opération en solo pour coincer le faussaire Rick Masters, Chance, obsédé à l'idée de se venger, décide de monter un coup tordu des plus illégaux avant l'arrivée de son nouveau coéquipier, John Vukovich, en braquant un convoyeur de fonds... qui s'avère être un agent du FBI infiltré et qui est abattu accidentellement. Obstiné, Chance continue à tendre son piège autour de Masters, malgré le déluge de violence qui s'abat autour de lui.
Bande d'annonce
Avis et Commentaires
5 avisAvec To Live and Die in L.A., William Friedkin prend le contre-pied total du héros caricatural qui domine le cinéma d’action des années 80. Ici, le protagoniste est impulsif, arrogant, souvent incompétent. Il accumule les erreurs, provoque indirectement la mort d’un collègue et finit lui-même abattu froidement. Pour Friedkin, l’héroïsme triomphant et la justice éclatante n’ont plus leur place dans l’Amérique des années 80. Le mal, en revanche, impressionne par sa rigueur. Le personnage incarné par Willem Dafoe est méthodique, organisé, élégant dans sa maîtrise du crime. Les policiers semblent constamment dépassés. Pour espérer le vaincre, ils doivent abandonner leurs principes, contourner la loi, devenir aussi corrompus que lui. La boussole morale explose et la frontière entre le bien et le mal devient floue, voire inexistante. On retrouve une vraie logique de cinéaste des années 70 dans le regard de Friedkin : un pessimisme politique profond, une vision d’une société gouvernée uniquement par l’économie. Los Angeles n’a rien du charme qu’on lui connaît. Friedkin filme les zones industrielles, les voies ferrées en déclin, les espaces bétonnés, les transactions d’argent. La ville paraît froide, fonctionnelle, déshumanisée. Il y a d’ailleurs un contraste frappant entre l’ensoleillement typique de la Californie, cette lumière éclatante propre à Los Angeles, et des personnages constamment filmés dans l’ombre, comme si, malgré le soleil permanent, ils évoluaient dans une obscurité morale dont ils ne peuvent s’extraire. L’argent occupe une place centrale. Il est rendu très physique. Le processus de contrefaçon est filmé avec une précision fascinante et la fabrication du faux billet devient une séquence quasi documentaire. Ce choix renforce le cynisme du propos : si l’argent peut être recréé aussi facilement, quelle est la valeur réelle de ces morceaux de papier qui régissent le monde ? Côté interprétation, le casting est très solide. William Petersen incarne un flic déterminé mais instable, dont la moralité se fissure à mesure que son obsession grandit. John Pankow joue son partenaire, issu d’une lignée de policiers intègres, qui voit ses principes se déliter au contact de ce chaos. John Turturro est parfait en petit criminel minable mais téméraire. Mais c’est bien Dafoe qui capte toute la lumière : un antagoniste charismatique, à la fois détestable et magnétique, presque plus fascinant que les héros eux-mêmes. Artistiquement, le film est ancré dans son époque tout en la rejetant. On retrouve les synthés typiques des années 80, les teintes fluorescentes, l’esthétique urbaine marquée. Mais jamais Friedkin ne tombe dans le glamour. Les séquences de tension sont sèches, brutales, réalistes, notamment les courses-poursuites et les exécutions à bout portant, filmées avec une intensité et une lisibilité impressionnantes. C’est un polar profondément désenchanté. Le mal y est structuré, le bien y est fragile, et la justice n’y triomphe jamais vraiment.
Extraordinaire polar 80ies qui se joue des codes habituels du genre et utilise les clichés (le flic dur à cuire qui contourne les règles pour rendre la "justice") pour mieux les détourner. Ici, les actes ont des conséquences et les personnages principaux ne font que s'enfoncer dans une noirceur et une cruauté qui leur seront fatales. Sont-ils si éloignés que cela des criminels qu'ils poursuivent ?













