Résumé :
Le héros a trente ans. Cadre moyen, analyste-programmeur dans une société informatique, son salaire net atteint 2,5 fois le SMIC. Malgré cette insertion sociale, il n’attire pas les femmes. Dépourvu de beauté comme de charme, sujet à de fréquents excès dépressifs, il ne correspond guère à ce que les femmes recherchent en priorité sur le marché du sexe ou de la satisfaction narcissique. On ne connaît pas son nom mais personne ne semble s’en soucier. Joueur disqualifié mais spectateur perspicace de cette partie de faux-semblants qu’est la vie moderne occidentale, le narrateur décrit la lutte quotidienne de ses congénères, toujours en quête d’un peu d’amour, de plaisir, d’argent. Cette lutte, étendue à tous les aspects de la vie humaine sous l’influence du modèle libéral, transforme le moindre de nos gestes en un combat épique, au terme duquel notre position dans la société humaine est corrigée, à la hausse ou à la baisse. Même nos lits ne sont plus un refuge. Il faut s’y distinguer. La sexualité est un système de hiérarchie sociale. Résigné, le narrateur se place définitivement en dehors de cette lutte, enfermé dans la nostalgie de l’adolescence, son récit ne faisant toutefois jamais allusion à ses parents (sauf pour décrire rapidement la scène de sa conception) il souhaite parfois la mort sans pouvoir s’y résoudre.
Extrait :
« Dans un système économique où le licenciement est prohibé, chacun réussit plus ou moins à trouver sa place. Dans un système sexuel où l’adultère est prohibé, chacun réussit plus ou moins à trouver son compagnon de lit. En système économique parfaitement libéral, certains accumulent des fortunes considérables ; d'autres croupissent dans le chômage et la misère. En système sexuel parfaitement libéral, certains ont une vie érotique variée et excitante ; d'autres sont réduits à la masturbation et la solitude. Le libéralisme économique, c'est l'extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même, le libéralisme sexuel, c'est l'extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. Sur le plan économique, Raphaël Tisserand appartient au camp des vainqueurs ; sur le plan sexuel, à celui des vaincus. Certains gagnent sur les deux tableaux ; d'autres perdent sur les deux. »
Avis :
Emprunt d’un regard masculiniste désabusé, le texte est riche, le style est brut et facile. Malgré quelques incartades très auto satisfaite du talent d'écriture de l’auteur quand il veut perdre son lecteur pour installer sa supériorité. Car même dans sa vision du capitalisme ou il superpose l'échelle sociale à l'échelle amoureuse, sciemment, il omet de projeter son rang dans l'échelle intellectuelle (ici sous sa forme artistique) feintant d'écrire des romans animaliers. Le thème est récurrent d’ailleurs, souvent il référence l’autre sous son descriptif sociétal le plus sombre: arabe, negre, animal, et pour la société française le registre est autre, description pour le métier, ou le physique.
Au final j’aime bien le roman dans son temps de lecture, mais il en reste un sentiment d'indifférence. Sauf à noter, sa prédication que la société n’est pas faite pour répandre plus d’information , et que les individus souffrant sont simplement en manque d’amour.