Je pense que c’est mon préféré de la série, un tout petit peu avant incendie.
C’est à peu près l’histoire de Loup, abandonné par sa mère qui vient de mourir, qui remonte les traces de son passée pour comprendre son existence, accompagnée d’un paléontologue. Ainsi, de manière non chronologique, on remonte l’histoire sur 7 générations, dans des temporalités historiques variées : fin du XIXeme, 1ere puis 2nd guerre mondiale, Québec contemporain… de l’Allemagne au Canada en passant par la France. C’est quasiment une épopée a travers le temps, et la lecture se ressent comme une course contre la montre contre l’obscurité du silence.
C’est bouleversant. C’est la première fois aussi que je ressens de manière profonde et ancrée le titre « le sang des promesses » qui prend absolument tout son sens dans ce chef d’œuvre.
C’est complexe, violent, brutal, traumatisant, salvateur et plein d’espoir en même temps.
Plus la pièce avance, plus les histoires s’entremêlent. On pourrait se perdre mais le récit coule comme une rivière. Chaque révélation est un nouveau rapide qui te bouleverse et te bouscule dans tout les sens. Et ptn les poèmes de fin moi… Loup est trop attachante, je canne c’est trop beau.
« Maman
Ton corps enfin dans la terre,
Je vois un horizon complet se dégager devant moi
Et c’est effrayant
Effrayant de grandeur et de profondeur
Je vois tout à coup l’espace qui s’en va là là-bas
Jusqu’au nord
Jusqu’au sud
Jusqu’à l’est
Et jusqu’à l’ouest.
Maman,
Tu m'offres le monde Et le monde est grand
Mais puisque tu as choisi de me le donner
Je choisis de le prendre !
Nous ne savions pas qui nous étions Et j'aurais voulu mieux te connaître
Mais nous ne pouvions pas savoir, Tant d'enfance abandonnée
Tant d'amour donné
Repris
Redonné rapté
Nous ne le pouvions pas !
Maman,
J'entends la marche du temps auquel j'appartiens
Et même si
Aujourd'hui encore
L'hécatombe semble si proche de nous,
Même si j'entends la rumeur inquiétante d'une guerre,
Je sais que je suis Loup et que mon cœur a traversé le siècle.
Maman,
Où s'arrête notre cœur?
Jusqu'où son battement peut-il se faire entendre?
Le mien bat jusqu'à la nuit des temps
Pour enfin rallumer la lumière
Et sortir toutes nos enfances des ténèbres.
Maman,
Je te parle à la faveur d'un magnifique printemps,
Sans savoir si tu m'entends ou non,
Pour tenter de te dire ce qui ne peut pas être dit.
Car comment dire l'abandon d'un enfant par sa mère ?
Et l'abandon de sa mère par sa mère
Et de la poésie par les hommes Et des hommes par les hommes Et les hommes par les Dieux Et les Dieux par la joie?
Et la joie mise en cendres
Trame d'hiver
Effroyable anéantissement !
Maman, Depuis toujours,
L'orage gronde dans nos vies,
La mienne qui commence
La tienne qui se termine.
Moi qui croyais être liée par mon sang au sang de mes ancêtres
Je découvre que je suis liée par mes promesses
Aux promesses que vous vous êtes faites.
Et que vous avez tenues.
Vie sauvée, vie perdue, vie donnée.
Lorsque je serai en proie au tourment,
Je répéterai vos noms comme un talisman contre le malheur.
Odette, Hélène, Léonie, Ludivine, Sarah, Luce, Aimée, Loup
Comme une promesse tenue à jamais.
Et que je répète à mon tour À celle qui viendra après moi
Pas encore née
Mais qui se souvient déjà de mon visage
Je ne t'abandonnerai jamais.
Je ne t'abandonnerai jamais.
Je ne t'abandonnerai jamais.
Fleurs.
Fin. »
Putaaaaaaain j’en frisonne encore