p.26 « Elle avait fait confiance à cette femme élégante, sorte de sosie de Holly Hunter dans La Leçon de piano, peut-être parce que malgré sa coiffure démodée - Elisabeth ne comprenait pas les femmes qui gardaient leurs cheveux longs passé quarante ans - elles étaient de la même génération. »
p.63 « Mais les livres restaient sur la table du salon une partie de la matinée, on aurait dit qu'il éprouvait le besoin de leur laisser faire un tour hors de la bibliothèque comme à des animaux silencieux. Parfois Mona trouvait la bible posée sur la table du salon. Parfois c'étaient des livres d'autres religions, avec des illustrations envoûtantes et des divinités à la peau bleue. »
p.65 « Tu ne crois pas que pour une jeune femme (car pour Mona, et plus encore pour Thomas, quarante-quatre ans paraissait incroyablement jeune), une simple fleur dans un verre posé sur sa table de nuit serait un peu plus, comment dire... spirituel ? »
p.74 « Le docteur Mancini avait l'habitude des ado lescents. Elle avait aussi l'habitude de ceux qui pensaient trop vite et ressentaient trop fort. Il ne fallait pas les prendre trop au sérieux lorsqu'ls dramatisaient, du moins, pas toujours. En même temps, ne jamais les sous-estimer. »
p.124 « Avant ce soir, Vina n'avait jamais été impressionnée par un être humain. »
p.125 « Un vieux était censé faire un peu pitié. Ne pas très bien comprendre ce qu'on lui disait. Porter un regard bienveillant sur les choses qui l'entouraient. Un vieux devenait doux par la force des choses parce que sa force physique l'abandonnait. »
p.168 « — Je ne voulais pas te blesser. Ton geste a créé une sorte de tension érotique dans la classe. Je trouvais ça assez dingue... et je voulais t'en par-ler. C'est tout, conclut Juliette. »
p.225 « Le tutoiement avec Mona était venu vite. Peut-être parce qu'elle avait quelque chose de terriblement juvénile, pour une femme d'une soixantaine d'années au corps plantureux. Vina lui fit un petit signe avant de descendre les barreaux de l'échelle menant au grand bain.
Après tout, c'était son amie. La seule qu'il lui restait. »
p.261 « Aie confiance en toi. Donne une preuve silencieuse. C'est un autre genre de preuve que tu ne donneras pas seulement à Elisabeth mais à toi-même, un peu comme si tu déclarais : "T'approuve ce qui se passe. Je suis à la hauteur." Comme si tu le déclarais à la vie entière, tu vois ? Et la vie entière te récompen-sera, crois-moi. »
p.263 « — Je peux vous demander quelque chose, moi aussi ?
- Bien sûr.
- Comment peut-on être sûr que les preuves d'amour silencieuses parviennent à leur destinataire ?
Thomas frémit.
- Personne ne peut en être sûr. C'est pour ça
que c'est une frontière. Et c'est pour ça que ça en vaut la peine. Maintenant, aide moi à débarrasser la table. »
p.290 « Il l'avait encouragée à partir, encouragée à couper son téléphone si nécessaire. Parce qu'on est si vulnérable quand on n'est plus celui qu'on était, mais pas encore celui qu'on va devenir. Si vulné-rable, si influençable, si dépouillé de soi-même, si nu et si pressé de se revêtir, que la moindre parole retentit comme un ordre qui nous pousse une fois de plus dans la mauvaise direction. »
p.402 « Elle sut à ce moment-là que son amour pour lui était réel, comme ce réseau de nerfs qui se tissait malgré elle, la reliant toujours plus étroitement à certains êtres. Sa main serrant la sienne sur le chemin du retour, leurs doigts entrelacés, endoloris par une déclaration d'amour muette. Elle se demanda si Gaspard éprouvait la même sensation alors qu'ils marchaient côte à côte. Comme un arrière-plan très profond s'ouvrant tout autour d'eux. Mais chaque fois qu'elle clignait des yeux ou qu'elle tournait la tête pour mieux voir, les arbres et la rivière avaient repris leur place.
Est-ce que tu ressens ça aussi ?
Au moment où elle allait lui poser la question, elle se rappela le conseil de l'oncle : Sois douce avec lui, Vina. Pas de violence, d'accord ?
Peut-être que la douceur consistait à ne pas parler de certaines choses. »
p.406 « Mais je crois que j'ai accepté que certaines choses se transforment. S'il est possible que des étrangers deviennent nos proches, eh bien, je suppose qu'il faut aussi accepter le mouvement inverse. Que nos proches s'éloignent ou se retournent contre nous. Même si on préférerait que ça n'arrive jamais. »