Des nouvelles fantastiques et horrifiques de 1930 ? Comment pourrait-on encore frissonner de la même manière qu’à cette époque ?
Quand le grand Lovecraft s’en mêle, la peur n’a pas d’âge. Elle s’insinue lentement, sans artifices, jusqu’à devenir suffocante.
Comme souvent chez Lovecraft, tout commence par un jeune homme curieux, décidé à explorer ce qu’il vaudrait mieux éviter. Et, fidèle à sa réputation, l’auteur tisse sa toile avec une lenteur calculée : plus on avance, plus l’air devient irrespirable. Telle une araignée, Lovecraft enferme son héros — et son lecteur — dans une spirale d’angoisse où chaque ruelle d’Innsmouth semble respirer la dégénérescence et le secret.
Tout commence innocemment : un agent ferroviaire déconseille au narrateur de se rendre à Innsmouth, tout en lui rapportant les rumeurs inquiétantes qui entourent cette ville maudite. Par pingrerie, il décide pourtant d’y aller, pour économiser quelques dollars.
Et dès lors, l’angoisse s’installe : le conducteur du bus semble cacher quelque chose, la ville apparaît délabrée, presque morte. Les habitants, à l’apparence étrange, paraissent l’observer. L’homme de l’église, inquiétant, ajoute une couche de malaise. Puis vient la rencontre avec le “fou du village”, seul à oser parler.
À partir de là, tout bascule : la nuit à l’hôtel, les pas dans le couloir, les portes qu’on tente d’ouvrir, la fuite haletante dans les rues sombres.
Mais comme Alien bien plus tard, Lovecraft ajoute un quatrième acte inattendu. Alors que le narrateur pense être sauvé, l’horreur véritable se révèle : il est l’un des leurs. Descendant des habitants dégénérés d’Innsmouth, il sent l’appel des profondeurs grandir en lui au fil des années.
Lovecraft tisse ici un cauchemar en quatre mouvements, où la peur extérieure devient intime, et où la fuite se transforme en destinée.
En une centaine de pages, Lovecraft parvient à créer un univers moite, oppressant, grouillant de chuchotements et d’ombres aquatiques. Le rythme est impeccable, la tension monte sans jamais retomber, jusqu’à un final d’une puissance mythique.
Au final, cette nouvelle nous rappelle une leçon simple : quand plusieurs personnes vous disent de ne pas aller dans un endroit… n’y allez pas.