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Mon avis:
Film mi-parodie mi-hommage aux films noirs américains, on y trouve des clins d'œil et des références à la pelle. Pour autant je n'ai pas tout compris du premier coup. Il faut se mettre "dans le bain" avant. Et ça vaut le coup pour peu qu'on adhère au propos 💗
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Résumé :
L’ex-petite amie du détective privé Doc Sportello surgit un beau jour, en lui racontant qu’elle est tombée amoureuse d’un promoteur immobilier milliardaire : elle craint que l’épouse de ce dernier et son amant ne conspirent tous les deux pour faire interner le milliardaire… Mais ce n’est pas si simple… C’est la toute fin des psychédéliques années 60, et la paranoïa règne en maître. Doc sait bien que, tout comme « trip » ou « démentiel », « amour » est l’un de ces mots galvaudés à force d’être utilisés – sauf que celui-là n’attire que les ennuis.
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Autres points de vues :
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Lebleudumiroir.fr :
Autant prévenir : vous ne comprendrez pas tout à Inherent Vice (en tout cas, pas dès son premier visionnage) ; une fois intégrée cette idée, vous serez prêt pour le grand trip.
https://www.lebleudumiroir.fr/critique-inherent-vice/
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Courte-focale.fr:
Inherent Vice, c’est du Raymond Chandler béni par la Vierge Marie-Jeanne, le trait d’union idéal entre The Big Lebowski et Le grand sommeil, avec une galaxie de freaks dézingués à la sauce Coen et une intrigue à peu près aussi tarabiscotée que celle du chef-d’œuvre de Howard Hawks, prompte à provoquer des surchauffes cérébrales chez les cinéphiles.
Bref, du culte à la puissance mille, guidé par un fourmillement perpétuel, qui subdivise son intrigue en fausses pistes gavées à ras-bord de clins d’œil cinéphiles et de détails encyclopédiques (la liste des références culturelles convoquées par le cinéaste est, une fois de plus, longue comme le bras), telle une vieille bagnole requinquée des 70’s qui foncerait pied au plancher avec la digression en guise de moteur V12.
En somme, on est souvent paumé, mais sans avoir paradoxalement l’impression de subir le verbiage d’un scénariste trop intelligent. Certes, dans son optique d’élever au cube le délire psyché sans se la jouer trop sophistiqué niveau mise en scène, la petite faute de goût de Paul Thomas Anderson aura été de s’être montré un peu trop fidèle au style littéraire de Pynchon : en effet, malgré le choix d’une narratrice nommée Sortilege (Joanna Newsom) qui prend donc le relais de la diction pynchonienne, le cinéaste n’a pas cherché midi à quatorze heures, visiblement heureux de décalquer les dialogues du livre et d’en conserver la structure narrative.
Il en va de même pour les choix esthétiques : pas de plans-séquences étourdissants, pas de distorsions psychédéliques, mais au contraire une réalisation sobre, élégante, signe d’un attachement absolu au format pellicule et aux reconstitutions d’époque qui ont fait la gloire du vieil Hollywood. C’est justement cet entre-deux entre une intrigue qui part en vrille et une mise en scène collée au plancher des vaches qui crée d’emblée une fascination. Parce qu’ainsi, PTA se focalise sur ce qu’il a toujours su maîtriser à la perfection, soit la mise en valeur d’une mosaïque de personnages hauts en couleur. Ces derniers apparaissent et disparaissent sans prévenir, changent d’attitude comme de chemise hawaïenne, et ordonnent parfois les rails du récit vers des voies surnaturelles et/ou surréalistes (voir la première apparition d’Owen Wilson dans le brouillard des docks), à tel point que les dichotomies vrai/faux et ami/ennemi en ressortent définitivement brouillées. Pour trouver une analogie plus récente et plus familière, le principe est le même que dans les polars décalés de Guillaume Nicloux, type Le Poulpe ou Une affaire privée : peu importe le flacon de l’intrigue policière pourvu qu’on ait l’ivresse de la mixture décalée qu’il renferme. Et que l’on puisse ainsi en savourer les effets secondaires avec le sourire.
Le simple fait que le personnage de Doc soit un gros fumeur de marijuana n’est pas non plus étranger au vertige suscité par l’intrigue, pour le simple fait qu’on peine souvent à savoir s’il arrive à distinguer le vrai du faux, encore plus à déterminer si la consommation de drogue alimente sa paranoïa. Est-il réellement en train de délirer ? Le personnage de Sortilege est la première clé du dispositif voulu par PTA : elle ouvre le film face caméra pour poursuivre en voix off, mais surtout, tout au long du film, on la verra apparaître et disparaître au gré de raccords imprévus, telle une manifestation de l’esprit fumette de Sportello. Assumons donc cette idée : c’est le cerveau de ce dernier qui va littéralement faire zigzaguer la narration au lieu de réellement l’orienter. Du coup, a-t-on affaire, comme l’ont suggéré les critiques outre-Atlantique, à un prototype de stoner movie ? A première vue, ce serait plutôt vrai, si l’on en juge par la bizarrerie de certaines scènes (à titre d’exemple, on verra Bigfoot manger un esquimau comme une actrice de films X en pleine action !) et une narration qui installe de brutales inégalités de rythme. Mais ce sont les dialogues quasi-cryptiques de Thomas Pynchon, parfois difficiles à suivre ou à assimiler, qui rendent le film littéralement défoncé, jusqu’à faire subir une délicieuse distorsion à la notion même de temps.
dès qu’une discussion semble amener une progression dans l’enquête, elle est vite smashée par l’arrivée d’un élément perturbateur (un accessoire, une bagnole, un type à l’arrière-plan, une référence cinéphile, etc…) qui brouille le sens et installe un autre régime de narration, propice à l’errance la plus déjantée. Ce qui fait le sel du livre comme du film est un amas de tics de langage et d’états plus ou moins seconds qui génèrent le fou rire autant que la perte de repères. L’objectif n’est pas ici d’épaissir le mystère, mais d’aller jusqu’à faire douter de son existence par le biais de la désorientation. Comme analogie intrinsèque avec un trip sous LSD, on ne pouvait sans doute pas espérer mieux.
https://www.courte-focale.fr/cinema/critiques/inherent-vice-paul-thomas-anderson-2015/