Considéré comme une parenthèse légère dans l’œuvre d’Alfred Hitchcock, Mais qui a tué Harry ? est un film d’automne, à regarder entre deux pluies, quand les arbres rougissent et que la mort paraît presque poétique.
Le film s’ouvre sur un calme bucolique : une forêt en plein automne, royaume de paix et de lumière… jusqu’à la découverte d’un cadavre. Trois coups de feu résonnent : un meurtre ? Non, juste un chasseur distrait. Deuxième tromperie.
Et tout le film va se construire sur cette série de faux-semblants. Hitchcock s’amuse à multiplier les fausses pistes, les renversements absurdes, les dialogues pleins de sous-entendus et d’humour noir. Il manipule ici ses spectateurs comme dans ses thrillers les plus célèbres, mais avec le sourire en coin et une ironie délicieuse.
Notre vieux chasseur veut se débarrasser du corps sans attirer l’attention ? Raté. Ce coin reculé devient soudain un lieu de passage incessant : une mère, son fils, un vagabond, un rêveur… tout le monde finit par trébucher sur Harry. Et, dans un ballet macabre et burlesque, le cadavre est enterré, déterré, ré-enterré, puis à nouveau exhumé.
Ici, la mort n’est pas tragique — elle devient un prétexte à comédie, un jeu de cache-cache moralement incorrect où personne ne semble vraiment choqué.
Le film ne verse jamais dans une comédie où l’on rit aux éclats. L’humour y est raffiné, intellectuel, presque clinique — à l’image de son auteur. Hitchcock s’amuse de la mort comme d’un simple incident domestique, avec une ironie toute britannique. Tout repose sur le décalage entre la gravité du sujet et la légèreté avec laquelle les personnages s’en accommodent. C’est drôle, oui, mais d’un rire discret, complice.
Le film souffre toutefois d’un rythme trop lent. Très bavard, il se perd au détriment du dynamisme. Mais difficile de ne pas succomber à la malice d’Hitchcock, qui prouve qu’il peut diriger une comédie noire avec la même précision qu’un thriller.
Au final, un cadavre encombrant.