Le Mage du Kremlin de Giuliano da Empoli, bien qu’un roman, s’inspire fortement de la réalité politique russe, notamment à travers le personnage de Vadim Baranov, qui évoque Vladislav Surkov, un ancien conseiller de Vladimir Poutine.
Voici un parallèle entre les éléments du livre et la réalité du Kremlin, en mettant en lumière les correspondances et les libertés fictionnelles :
1. La figure du "mage" et Vladislav Surkov
Dans le livre : Vadim Baranov est un stratège brillant, manipulant les médias, les récits politiques et les perceptions pour renforcer le pouvoir du Kremlin. Il façonne une Russie où la vérité est flexible, utilisant des techniques de "théâtre politique" pour maintenir le contrôle.
Dans la réalité : Vladislav Surkov, souvent surnommé l’"éminence grise" de Poutine, est connu pour avoir théorisé la "démocratie souveraine" et orchestré des campagnes de désinformation. Il a promu l’idée d’une réalité politique malléable, où le Kremlin contrôle les récits via les médias, les partis fantoches et la propagande. Par exemple, Surkov a été impliqué dans la création de partis politiques fictifs pour simuler une opposition, une tactique que l’on retrouve dans les stratégies de Vadim.
2. La manipulation des médias et de l’opinion publique
Dans le livre : Vadim utilise les médias pour diffuser des récits qui servent les intérêts du pouvoir, créant des illusions de stabilité ou d’ennemis extérieurs pour unir la population.
Dans la réalité : Le Kremlin, sous Poutine, a pris le contrôle des principales chaînes de télévision (comme Perviy Kanal) et utilise des "usines à trolls" (comme l’Internet Research Agency) pour diffuser de la propagande et des fake news, tant en Russie qu’à l’étranger. La guerre en Ukraine, par exemple, a été accompagnée d’une intense campagne médiatique pour justifier l’invasion, un écho des méthodes décrites dans le roman.
3. Le chaos contrôlé comme stratégie politique
Dans le livre : Vadim excelle à créer un chaos apparent pour désorienter les adversaires et renforcer l’autorité du Kremlin, une approche qui donne l’illusion d’un pouvoir omniscient.
Dans la réalité : Surkov et le Kremlin ont souvent utilisé le "chaos contrôlé" pour maintenir leur domination. Par exemple, le soutien à des mouvements contradictoires (nationalistes, libéraux, extrémistes) permet de diviser l’opposition tout en donnant l’impression que le régime est le seul garant de la stabilité. Cette stratégie est visible dans la gestion des conflits en Tchétchénie ou dans l’annexion de la Crimée en 2014.
4. L’ascension de Poutine et la Russie post-soviétique
Dans le livre : Le roman dépeint l’émergence d’un leader fort (une figure implicite de Poutine) dans une Russie des années 1990 marquée par le désordre, la corruption et l’humiliation post-soviétique. Vadim aide à construire ce pouvoir en restaurant un sentiment de grandeur nationale.
Dans la réalité : Poutine, arrivé au pouvoir en 1999, a capitalisé sur le chaos des années Eltsine (crise économique, guerre en Tchétchénie) pour restaurer l’autorité de l’État. Il a cultivé une image de "sauveur" de la nation, relançant le nationalisme russe et s’appuyant sur des conseillers comme Surkov pour consolider son régime. Le roman reflète cette transition d’une Russie affaiblie à une autocratie moderne.
5. La solitude et l’ambivalence du pouvoir
Dans le livre : Vadim, malgré son génie, est un personnage isolé, rongé par le doute sur le sens de ses actions. Sa loyauté envers le système entre en conflit avec sa conscience.
Dans la réalité : Bien que moins documentée, l’ambivalence de figures comme Surkov est plausible. Surkov, par exemple, a quitté le Kremlin en 2020, et certains analystes suggèrent qu’il s’est parfois distancé du régime, oscillant entre loyauté et critique voilée. Plus largement, le Kremlin est connu pour être un lieu de paranoia et de rivalités, où même les proches de Poutine vivent dans une tension constante, un thème que le roman capture bien.
6. Les événements historiques
Dans le livre : Le roman fait référence à des événements comme la guerre en Tchétchénie ou la consolidation du pouvoir dans les années 2000, ancrant l’histoire dans un contexte réaliste.
Dans la réalité : La seconde guerre de Tchétchénie (1999-2000) a été un tournant pour Poutine, lui permettant de se présenter comme un leader fort. Le roman utilise ces événements pour montrer comment le Kremlin instrumentalise les crises pour justifier son autorité, une pratique réelle et récurrente (voir l’Ukraine en 2014 et 2022).
Différences et libertés fictionnelles
Le roman prend des libertés avec la réalité : Vadim est un personnage composite, pas une copie exacte de Surkov, et certains événements ou dialogues sont romancés pour dramatiser l’intrigue.
L’accent mis sur l’intériorité de Vadim (ses doutes, sa solitude) est une construction littéraire, car les motivations intimes de figures comme Surkov restent largement spéculatives.
Le ton du roman, parfois presque mythologique, donne au Kremlin une aura de mystère qui amplifie la réalité, où les luttes de pouvoir sont souvent plus prosaïques.
Conclusion
Le Mage du Kremlin est une représentation romancée mais ancrée dans la réalité du fonctionnement du Kremlin. Il capture l’essence d’un système où la manipulation, le contrôle des récits et le chaos organisé sont des outils centraux du pouvoir. En s’inspirant de Surkov et de l’ère Poutine, le roman offre un miroir déformant mais révélateur de la Russie contemporaine, où la frontière entre vérité et fiction est volontairement brouillée.
Mon avis
Roman interessant mais compliqué de savoir ce qui est vrai ou pas. Je trouve que le narrateur n'entrait pas trop dans le détail donc je ne pense pas en retenir grand chose.
Cependant la lecture est très facile.
Qqch trucs à retenir :
Les gagnants sont les plus prudents tandis que les perdants jouent le tout pour le tout.
Parfois le chaos devient plus atrractif que l'ordre. C'est comme ça qu'est né le nazisme et la révolution de 1917. Les gens ont préfèré se jeter dans l'inconnu plutot que de continuer à vivre comme ils le faisaient.
La première règle du pouvoir est de perséverer dans ses erreurs afin de ne pas montrer une fissure dans le mur d'autorité.